"Crazy Rich Asians", le film américain 100% asiatique qui déchaîne les passions

Mis à jour le 16/08/2018 à 14H56, publié le 16/08/2018 à 14H44
Awkwafina, Constance Wu et Nico Santos dans "Crazy Rich Asians"

Awkwafina, Constance Wu et Nico Santos dans "Crazy Rich Asians"

© 2018 Warner Bros. Entertainment Inc. and Kimmel Distribution, LLC / Sanja Bucko

"Crazy Rich Asians" déclenche une tempête sur les réseaux sociaux et un déferlement médiatique : étendard proclamé d'une communauté avec sa distribution 100% asiatique, le film de Jon Chu sorti mercredi outre-Atlantique déchaîne les passions aux Etats-Unis et au-delà.

Le long métrage "Crazy Rich Asians" est adapté du livre du même nom, écrit par Kevin Kwan et traduit en français sous le titre "Singapour millionnaire" (2013). Il sortira en France le 10 octobre.
 
Après les premières projections de mercredi, les estimations ont été relevées et voient désormais le film approcher 30 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord dès dimanche, soit son budget de production.
 
Il s'agit du premier film d'un studio hollywoodien avec une distribution presque intégralement asiatique depuis "Le club de la chance" ("The Joy Luck Club"), une production beaucoup plus modeste de 1993.
"Crazy Rich Asians" de Jon Chu, la bande annonce

Jet-set asiatique

Dans cette comédie romantique de facture très classique, Rachel Chu (Constance Wu), New-Yorkaise d'origine chinoise et professeure à l'université NYU, accepte de rendre visite à la famille de son petit ami Nick Young (Henry Golding), à Singapour.
 
Elle va découvrir que Nick est l'héritier d'une famille de promoteurs immobiliers d'origine chinoise parmi les plus riches d'Asie, et se trouver confrontée à un milieu dont elle ignore tout. Le film joue à fond la carte glamour et jet-set à grands coups de faste, entre demeures gigantesques et robes de créateurs, au sein de la très haute société des Chinois de Singapour.
 
A Hollywood, choisir des acteurs d'origine asiatique pour jouer des personnages qui le sont aussi n'allait pas de soi. Kevin Kwan a ainsi affirmé avoir refusé une première adaptation dans laquelle Rachel aurait été blanche.

Les Asiatiques largement absents des films américains

Selon une étude de l'université californienne USC Annenberg, 44 des 100 films qui ont réalisé les meilleures recettes en 2016 aux Etats-Unis n'avaient aucun personnage d'origine asiatique. Mais le "whitewashing" (la tendance d'Hollywood à tout confier à des Blancs) ne passe plus aussi bien aujourd'hui, comme en témoigne une série de polémiques ces dernières années.
 
Le choix de Scarlett Johansson pour incarner l'héroïne de "Ghost in the Shell" (2017) ou de Tilda Swinton pour jouer le rôle de l'Ancien dans "Doctor Strange" (2016) ont ainsi déclenché des mouvements de protestation d'une ampleur inédite.
 
"J'espère que dans dix ans, nous repenserons à ce moment et nous aurons oublié", a expliqué le réalisateur Jon Chu lors d'un entretien à la chaîne CBS, diffusé mercredi. "Une distribution entièrement asiatique? C'était quelque chose ?"
 
Jon Chu ne cache pas qu'il s'est mis une pression colossale pour ne pas décevoir, cherchant les bons accents, l'exactitude des références culturelles et la musique adaptée. Il savait que ce film marquerait un moment décisif mais il ne savait pas à quel point ça l'affecterait personnellement, a déclaré le réalisateur à CBS.

"Il est temps que nous soyons représentés"

"Je pleure tout le temps en y pensant parce que là on sent que le film est plus que pour soi-même", a-t-il résumé. "Nous sommes au début d'un voyage, et je pense que (ce film) en ouvre la porte."
 
La comédienne d'origine chinoise et malaisienne Michelle Yeoh, qui incarne la mère de Nick dans le film, a déjà obtenu des premiers rôles à Hollywood, mais "cette fois, c'est différent, parce que notre heure est venue", a-t-elle expliqué lors d'une interview au site Build.
 
Beaucoup ont en tête un autre tournant qu'a pris Hollywood cette année avec "Black Panther", qui a ouvert portes et fenêtres à la minorité noire dans le monde du cinéma et de la télévision.
 
 
"Il est temps que nous soyons représentés" au cinéma et à la télévision, a poursuivi Michelle Yeoh, héroïne de "Tigre et Dragon" (2000). "Regardez autour de nous. Nous sommes une culture très variée. Les Asiatiques, les Afro-Américains, nous appartenons à l'ADN de cette société ici aux Etats-Unis."