Avec "Divines" aux Golden Globes, Houda Benyamina à la conquête d'Hollywood

Par @Culturebox
Mis à jour le 07/01/2017 à 15H18, publié le 07/01/2017 à 15H00
Photo Oulaya Amamra pour le film Divines de Houda Benyamina

Photo Oulaya Amamra pour le film Divines de Houda Benyamina

© Easy Tiger

Houda Benyamina a déjà conquis la critique, le public et remporté la Caméra d'or à Cannes. Son premier long-métrage "Divines" a été acclamé dans de nombreux festivals internationaux, acheté par Netflix, et concourra dimanche pour un Golden Globe.

La réalisatrice, née dans un quartier populaire de l'Essonne, voit Hollywood lui déployer le tapis rouge. "Quand on voit d'où on est partis, être là aujourd'hui (...) c'est énorme", raconte la cinéaste. "Je suis très heureuse que mon film puisse être vu partout dans le monde. Les Golden Globes, c'est une porte vers un autre public", ajoute-t-elle lors d'un entretien avec l'AFP dans les bureaux de Netflix à Beverly Hills.

Elle revient sur le parcours du combattant pour monter "Divines", dont le rôle principal, celui de la jeune Dounia, qui vit avec sa mère dans un campement de Roms et tente avec sa meilleure amie de s'extraire de la misère, est interprété par sa soeur Oulaya Amamra. "Nous n'avions pas de réseau. Mon producteur a dû se battre pour ne serait-ce qu'avoir des rendez-vous avec des chaînes de télé. Quand on écrit un film comme Divines, on vous voit comme le énième film de banlieue alors que le énième film bourgeois ne dérange personne, avant d'y voir une grande histoire d'amitié, un film sur le droit d'exister, sur le sacré aussi", déplore-t-elle. "Ca me rappelle quand j'étais gamine, on me voyait avant tout comme une petite fille d'origine maghrébine", poursuit-elle.
"Divines" : la bande annonce

'A l'affût des talents

"Divines" s'éloigne pourtant des stéréotypes du "film de banlieue". Dounia tombe amoureuse d'un danseur qu'elle regarde répéter des heures durant cachées dans un théâtre. "J'avais envie que quelque chose symbolise ma recherche sur la spiritualité, d'une ouverture vers la poésie comme dans ma vie le cinéma l'a été, quelque chose dans lequel ma colère a pu se transcender".
"Divines" : l'affiche

"Divines" : l'affiche

© Easy Tiger
Sa nomination aux Golden Globes et surtout la Caméra d'Or lui offrent "énormément d'opportunités. Je lis des scripts. Ici les gens sont très curieux, à l'affût des talents. Après, je suis plutôt quelqu'un qui garde la tête froide. Je ne ferai les choses que si je ressens une vraie nécessité à les tourner". Elle écrit son prochain long-métrage, "une très grande histoire d'amour avec un fonds politique, qui se passera pendant une guerre", et devrait comprendre au générique un acteur américain. "J'aime les acteurs en devenir, encore dans le besoin, avec ce rapport à leur art un peu comme à la vie à la mort", dit-elle, citant aussi en exemple chez les stars Leonardo DiCaprio, qui "a pris énormément de risques au cours de sa carrière", et Kate Winslet, une femme incroyable" qui "refuse qu'on retouche (ses) photos" par conscience de l'impact que les célébrités ont sur les jeunes filles.

https://videos.francetv.fr/video/NI_787217@Culture

"Citez-moi les films avec de la diversité ? Il y a 300 films par an faits en France. Vous pouvez m'en citer dix, allez 20. Et on trouve ça énorme. Donnez-moi une réalisatrice issue de la diversité ? Il y en a pas", assure-t-elle. "OK, maintenant il y a moi, et tous ceux qui arrivent après et qui ont beaucoup de talent. Mais c'est vraiment l'arbre qui cache la forêt", poursuit la fondatrice de l'association Mille Visages, pour développer l'accès à la culture dans les quartiers défavorisés, et la mixité dans le cinéma.


'Le clitoris sur la table'

"Aux Etats-Unis c'est pire. Je visite beaucoup de studios et la diversité je ne la vois pas. En France aussi, allez dans les maisons de production, les chaînes de télévision... heureusement qu'on ouvre nos bouches", insiste la forte en tête qui a fait couler beaucoup d'encre au festival de Cannes lorsqu'elle a dit au délégué général de la Quinzaine Edouard Waintrop qu'il  avait "du clito". "On est dans une société où tout le monde défend son bout de gras, tout le monde est bien-pensant. On n'a pas le droit à la singularité. Je ressens en revanche qu'il y a chez les femmes une vraie solidarité parce qu'il y a une colère très forte. On s'est battues pour des droits mais on n'a pas le pouvoir. On est notre propre censure. Il faut changer les choses en mettant notre clitoris sur la table. Allez, j'en remets une couche", plaisante-t-elle avec défiance.