En Espagne, acteurs et artistes craignent que la rigueur ne tue la culture

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 02/08/2012 à 09H01
L'acteur et le metteur en scène qui l'a révélé se retrouvent après 12 ans d'absence pour "La Piel que Abito" projeté en Compétition officielle au 64e festival de Cannes 2011.

L'acteur et le metteur en scène qui l'a révélé se retrouvent après 12 ans d'absence pour "La Piel que Abito" projeté en Compétition officielle au 64e festival de Cannes 2011.

© FRANCOIS GUILLOT/AFP

Pour Javier Bardem, Pedro Almodovar, Marisa Paredes et d'autres acteurs et artistes espagnols, la politique économique d'une rigueur drastique pour lutter contre la crise menace de condamner le monde déjà fragile de la culture.

Le dernier train de mesures, annoncé en juillet, visant à économiser 65 milliards d'euros, inclut une augmentation de la TVA, violente pour le théâtre et le cinéma qui bénéficiaient d'un taux réduit: de 8%, la TVA dans la culture va bondir à 21% en septembre.

"C'est un pays qui produit une grande culture, très reconnue hors de nos frontières", avait expliqué Javier Bardem, lors d'une manifestation en juillet contre le nouveau tour de vis. "Mais ce qu'ils sont en train de faire va vraiment diminuer l'industrie culturelle de l'Espagne". Si l'impact de cette hausse est répercuté sur les prix, le billet de cinéma pourrait passer de 7 à 8 euros et les places de théâtre grimper de plusieurs euros.

Pour de nombreuses personnalités du théâtre, de la danse, de l'opéra et des organisateurs des festivals qui rythment l'été, cette augmentation assènera un coup mortel au secteur.

Javier Bardem à Berlin le 9 février 2012

Javier Bardem à Berlin le 9 février 2012

© Angelika Warmuth / AFP
 

Aux yeux des artistes espagnols, la rigueur menace les bienfaits, intangibles et à long terme, de la culture dans un pays encore marqué par la guerre civile (1936-1939). Les 4 décennies de dictature et de censure qui ont suivi ont poussé à l'exil nombre d’intellectuels, dont le réalisateur Luis Bunuel. "C'est comme un retour au passé", dénonce Carlos Iglesias, acteur et réalisateur de 56 ans.

"Depuis la fin de la guerre civile, beaucoup d'efforts ont été faits pour retrouver le niveau culturel que nous avions avant. Tout ce progrès risque maintenant d'être perdu", se désole-t-il. "Un pays sans culture est un pays mort."

La crise pousse des artistes vers l'étranger, comme des milliers d'autres Espagnols
"Je vis ici, c'est mon pays mais depuis un moment je travaille plus hors d'Espagne", témoigne Javier Bardem. "Heureusement, j'ai cette chance. Mais si tout mon travail était basé en Espagne, je serais aujourd'hui au chômage".

Producteurs et réalisateurs se tournent aussi vers l'étranger. "Si nous n'avons pas assez de spectateurs sur le territoire pour qu'un film soit rentable, il faut alors le produire de façon à ce qu'il puisse aussi être diffusé hors d'Espagne", explique Pedro Perez, président de la fédération espagnole des producteurs audiovisuels Fapae.

Fort du succès de son film "Buried" en 2010, le réalisateur espagnol Rodrigo Cortes, 39 ans, a de nouveau tourné son dernier film, "Red Lights", en anglais.