DVD : "Beauté de la beauté", ou la peinture occidentale vue du Japon

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 11/03/2013 à 14H11
"Le Jardin des délices" de Jérôme Bosch

"Le Jardin des délices" de Jérôme Bosch

© DR

Chef de fil d’un cinéma avant-gardiste japonais au début des années 60, aux côté d’Oshima et de Shinoda, Kiju Yoshida réalisa pour la télévision à partir de 1973 une série de 94 documentaires sur la peinture mondiale, dont Carlotta a retenu 20 épisodes consacrés à la peinture occidentale de Jérome Bosh à Vincent Van Gogh.

La période couverte va du moyen-âge à la fin du XIXe siècle, Kiju Yoshida ayant retenu comme peintres : Jérôme Bosch, Bruegel, Le Caravage, Goya, Delacroix, Manet, Cézanne et Van Gogh. Ils sont abordés en deux, trois ou quatre épisodes d'une vingtaine de minutes, dans une approche sans référence aucune à un quelconque autre documentaire sur le sujet.
Extrait de "Beauté de la beauté" de Kijû Yoshida : Van Gogh
Kiju Yoshida retrace une histoire de la peinture, sélective et chronologique, en resituant chaque peintre dans son contexte historique, idéologique, et géographique. Chaque épisode nous emmène sur les lieux-mêmes où vécu l’artiste, et où les œuvres retenus sont exposées. Le Brabant de Bosch, Anvers pour Brueghel, Rome et l’île de Malte pour le Caravage, Madrid pour Goya, Paris pour Delacroix et Manet, Aix en Provnece pour Cézanne, les Pays-Bas et Auvers-sur-Oise pour Vang Gogh.

Ce parcours géographique est aussi historique, biographique et idéologique. Comment ne pas relier Bosch à la Flandre et au contexte religieux eschatologique du XVe siècle ? Les prémices d’un retour à l’individu et au peuple chez Brughel, dans sa représentation du monde paysan ? Les frasques du Caravage, le peintre assassin, à l’emprise de l’Eglise sur son art ? Celle de la monarchie espagnole sur Goya, qui, finalement, réalisera ses plus grandes toiles et gravures comme acte d’émancipation ? Le positionnement de Delacroix par rapport à l’académisme, comme affirmation de l’être intérieur, annonciateur de modernité ? La place de Manet, dandy revendiqué, par rapport à la bourgeoisie industrielle triomphante du XIXe siècle ? La peinture de Cézanne toute contenue dans sa solitude douloureuse, mais assumée ? Et enfin, comment comprendre Van Gogh sans connaître sa première vocation religieuse auprès des pauvres des bassins miniers de Belgique ?
Coffret de 3 DVD de "Beauté de la beauté de Kiju Yoshida

Coffret de 3 DVD de "Beauté de la beauté de Kiju Yoshida

© Carlotta Films

Égrenant les toiles qu’il commente, Kiju Yoshida, tout en traversant les lieux emblématiques qui les ont vus naître, met à plat une histoire de l’art ouverte sur le monde, tout en donnant des clés pour mieux les appréhender. Présent à l’image, toujours de dos, en silhouette, marquant de son pas son approche des toiles, avec une déclamation du texte quelque peu lancinante, mais poétique, Kiju Yoshida révèle le sens de l’art inscrit dans celui de l’histoire et du monde. Magnifique.

Beauté de la Beauté
De Kiju Yoshida (Japon) - 1973 - 480 minutes
Editions Carlotta Films
DVD : 29,99 euros