"Papa vient dimanche" : dérapage conjugal en vrille majeure

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 02/10/2013 à 16H12, publié le 02/10/2013 à 15H46
Sofia Nicolaescu et Serban Pavlu dans "Papa vient dimanche" de Radu Jude

Sofia Nicolaescu et Serban Pavlu dans "Papa vient dimanche" de Radu Jude

© Zootrope Films

Le cinéma roumain recèle de divines surprises. L'on se souvient du film collectif à sketches "Contes de l'âge d'or", ou "4 mois, 3 semaines, 2 jours" de Cristian Mungiu, Palme d'or à Cannes en 2007. "Papa vient dimanche" ne dépareille pas dans le paysage avec son drame familiale qui part en vrille, deuxième long métrage de Radu Jude, après le déjanté "La Fille la plus heureuse du monde" en 2009.

De Radu Jude (Roumanie), avec : Serban Pavlu, Sofia Nicolaescu, Mihaela Sîrbu, Gabriel Spahiu - 1h48 - 2 octobre 2013

Synopsis : Marius est un jeune père divorcé. Sa fille de cinq ans vit désormais chez son ex-femme. Cet éloignement est un déchirement. Alors Marius se fait une joie de passer quelques jours à la mer avec la petite quand son tour de garde arrive. Mais ce dimanche-là, rien ne se passe comme prévu. 
"Papa vient dimanche" : la bande-annonce

Jusqu'ici tout va bien…
Cela commençait pourtant bien. Marius passe chez ses parents pour leur emprunter leur voiture : il est accueilli à bras ouverts. Rapidement, les retrouvailles tournent vinaigre et une violente dispute éclate avec son père. Même accueil fraternel chez son ex-épouse, Otila, qui vit avec son nouveau compagnon et sa mère. Mais face à leur refus, en l’absence d'Otila, de laisser partir la petite Sofia avec son père, la situation va prendre une tournure imprévue qui va gravement dégénérer, les choses ne faisant qu’empirer avec le retour de son ex-femme.

Marius serait-il un fomentateur de zizanie, tant la colère des autres s’abat sur lui, au bout de quelques minutes ? Mais les mêmes n’ont-ils pas leur part de responsabilité ? Marius est pourtant des plus conciliants et ne fait qu’exercer son droit de garde, alors que tous se montent contre lui. De plus Otila a visiblement corrompu la Justice pour avoir la garde de sa fille et sous-entend être prête à recommencer pour condamner son ex-mari. Le film s'avère donc également dénonciateur d'un régime corrompu. La patience de Marius mise à bout, il va prendre une voie totalement incongrue qui va mettre tout le monde en danger, lui le premier.

Sofia Nicolaescu et Serban Pavlu dans "Papa vient dimanche" de Radu Jude

Sofia Nicolaescu et Serban Pavlu dans "Papa vient dimanche" de Radu Jude

© Zootrope Films

Incommunicabilité
Après une phase introductive, l’action est cloisonnée dans l’appartement d’Otila où se joue un huis-clos au cours duquel fusent les noms d’oiseau, puis les violences physiques. Plus le temps passe, plus Marius s’enferre dans une situation inextricable, de laquelle personne ne sortira indemne. Radu Jude fait monter la tension avec oppression, l’appartement devenant une cocotte minute prête à exploser d’un moment à l’autre. C’est d’ailleurs ce qu’il advient, et l’on est pris par cette montée constante de la violence, en s’étonnant à chaque palier franchi.

Film sur l’incommunicabilité entre les êtres, "Papa vient dimanche" dresse un tableau très sombre. Radu Jude joue parfaitement de sa situation dans un mouvement progressif bien minuté, servi par des comédiens visiblement investis dans un registre difficile, mais où la conviction domine. Un film cruel, mais prenant de tous les instants.