Whitney Houston : ses failles profondes révélées dans un documentaire émouvant, "Whitney"

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/09/2018 à 15H34, publié le 02/09/2018 à 15H08
"Whitney", film documentaire de Kevin Macdonald

"Whitney", film documentaire de Kevin Macdonald

© ARP Sélection

C'était une chanteuse exceptionnelle, héritière, avec d'autres, d'Aretha Franklin dont on honore la mémoire. Whitney Houston, morte en 2012, fait l'objet d'un riche documentaire de Kevin Macdonald. Selon celui-ci l’une des clés de son addiction à la drogue, qui lui a été fatale, réside dans le fait d’avoir été abusée sexuellement étant enfant, par une cousine, la chanteuse Dee Dee Warwick.

La note Culturebox

3
3/5
Présenté en mai dernier à Cannes hors compétition, "Whitney" du britannique Kevin Macdonald, revient sur l’itinéraire de la chanteuse américaine aux 200 millions d’albums vendus, Whitney Houston, morte il y a six ans à 48 ans. C’est un film documentaire de facture classique, chronologique : pas de révolution en matière de cinéma. Mais un travail biographique conséquent avec une quantité d’archives publiques et privées poignants. Et une thèse : née comme chanteuse au sein de la famille et grâce à l’impulsion de celle-ci, Whitney Houston a été aussi gangrénée de l’intérieur.

Reportage : E. Cornet / N. Hayter / P. Guény

Blessures indélébiles

Le terreau familial en apparence si fécond n’a pas été favorable à l’équilibre de "Nippy" - c’est le surnom par lequel Whitney a toujours été appelée -. Elle a beaucoup souffert du divorce de ses parents advenu avant même l’essor de sa carrière. Puis a été secouée par une relation compliquée avec son mari, le chanteur Bobby Brown, qui jaloux de son succès, s’est illustré davantage dans la rubrique des faits divers que dans son art. Leur fille en a également payé les frais, livrée à elle-même. Le film montre aussi combien l’attitude du père de Whitney Houston a été délétère : déchu de son titre de manager, il lui a réclamé 100.000 dollars au tribunal à la fin de sa vie.
Mais avant tout cela, et c’est la révélation du documentaire, Whitney Houston a été traumatisée par l’abus sexuel commis par l’une de ses cousines, la chanteuse Dee Dee Warwick qui a également violenté son demi-frère Gary Garland-Houston (ancien champion de basket devenu chanteur). "Nippy" a eu du mal, par la suite, à trouver sa stabilité amoureuse et sexuelle, coincée entre une longue relation amicale et sentimentale avec Robyn Crawford, longtemps collaboratrice privilégiée de la chanteuse, et des relations hétérosexuelles diverses, jusqu’à son mariage raté. 

Contexte historique

Mais le film "Whitney" offre plusieurs autres intérêts. Il s’attarde d’abord sur l’influence et l’accompagnement artistique de la famille. On a parlé de la cousine Dee Dee Warwick : il y a eu aussi sa sœur Dionne Warwick, autre chanteuse soul qui a eu de l’influence. Mais la première est sa mère, Cissy Houston, choriste accompagnant les plus grands, comme Elvis Presley, passée à côté d’une carrière solo. Cissy Houston, extrêmement exigeante, a formé sa fille avec le gospel et créé les conditions d’un développement dans la soul et la pop. Ses bouts d’interviews sont émouvants, notamment quand elle qualifie sa fille de "battante" comme elle. Le documentaire évoque évidemment longuement aussi la question de la drogue qui se pose dès les débuts de la carrière de Whitney Houston. Le témoignage, sans détours, des frères l’ayant accompagnée dans cette dépendance, est éloquent.

Le film enfin inscrit le parcours de Whitney Houston dans un contexte historique déterminant : la question noire y est illustrée par la référence aux ghettos par exemple de Newark où habite la famille avant de déménager dans un quartier bourgeois ; par les émeutes raciales des années 60 ; par le boycott que subit Whitney d’une partie de la communauté noire quand à une période on considère qu’elle chante comme une blanche, ou inversement par le succès qu’elle rencontre en Afrique du Sud où elle est accueillie par Mandela.

Itinéraire exceptionnel

Le réalisateur ne cherche pas nécessairement à expliquer, il met en perspective, même si c’est par petites touches. On voit défiler l’Amérique de McDonald’s, de Apple et de Reagan ; puis celle Bush et de la première guerre du Golfe – c’est d’ailleurs au cours de cette présidence très "patriotique" qu’elle offre une interprétation mémorable de l’hymne américain lors du Superbowl 91. Un itinéraire exceptionnel, celui de l’interprète du tube planétaire "Il will always love you", dans une certaine histoire de l’Amérique.

LA FICHE

Genre : Documentaire
Réalisateur : Kevin Macdonald
Pays : Royaume-Uni
Durée : 2 heures
Sortie : 5 septembre 2018

Synopsis : Elle a vendu 200 millions d’albums. Elle détient le record du plus grand nombre de numéros 1 consécutifs. Sa chanson "I Will Always Love You" est le single le plus vendu par une chanteuse. Derrière les records, les rumeurs, les scandales, les secrets et la gloire, voici la vraie Whitney.