Un documentaire sur Pierre Rabhi, penseur de "la sobriété heureuse"

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/03/2013 à 14H37, publié le 24/03/2013 à 14H25
Pierre Rabhi dans le documentaire "Pierre Rabhi, au  nom de la Terre" de Marie-Dominique Dhelsing.

Pierre Rabhi dans le documentaire "Pierre Rabhi, au  nom de la Terre" de Marie-Dominique Dhelsing.

© Nour Films

Dans "Pierre Rabhi, au nom de la Terre", la documentariste Marie-Dominique Dhelsing raconte l'itinéraire de Pierre Rabhi, pionnier de l'ago-écologie et chantre de "la sobriété heureuse". Le portrait de cet agriculteur, philosophe et écrivain de 75 ans qui appelle à l'éveil des consciences pour construire un nouveau modèle de société, sort mercredi sur les écrans.

Natif du Sahara algérien et Ardéchois d'adoption, Pierre Rabhi promeut depuis les années 60 l'agroécologie, sans engrais chimiques et dans le respect des rythmes naturels. Figure de l'altermondialisme, il est beaucoup intervenu en Afrique dans la lutte contre la désertification, notamment à la demande de l'ONU. Il a créé en 2007 le "Mouvement pour la Terre et l'Humanisme" appelé ensuite "Mouvement Colibris13", dont la mission est d'aider chacun à construire, à son échelle, de nouveaux modèles de société fondés sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme.

A la frénésie ambiante, il oppose la sobriété
Des sandales aux pieds, même dans les rues de Paris, l'agriculteur de 75  ans plaide sans relâche pour le retour à une terre nourricière et à la reconstitution du lien social face à une "société de la frénésie qui a donné à l'argent les pleins pouvoirs".

"Le modèle de société aujourd'hui incite tout le monde à être insatiable,  c'est-à-dire à n'être jamais satisfait", juge-t-il en prônant "l'auto-limitation, la sobriété, la puissance de la modération...  Ca c'est réaliste", dit-il.
L'agro-écologie n'est pas réductible à "l'agriculture de papa" !
"Je ne connaissais pas l'agriculture, j'ai voulu apprendre, je me suis  retrouvé dans des fermes qui pratiquaient l'agriculture moderne avec beaucoup  de chimie, beaucoup de poisons. Cela m'a réveillé. Je me suis alors intéressé à d'autres méthodes beaucoup plus conformes à la biologie", raconte-t-il dans un entretien à l'AFP, voix  douce et barbiche poivre et sel.

"L'agroécologie est reconnue maintenant, même par les Nations unies, comme étant la bonne solution pour résoudre les problèmes de l'alimentation dans le monde. Certains la réduisent à l'agriculture de papa, mais non ! C'est une  agriculture qui a beaucoup bénéficié des avancées scientifiques en matière de compréhension des sols et de la vie biologique", assure celui qui se décrit comme "un petit avocat de la terre".
Cultiver son jardin et consommer localement
C'est ainsi, dans ses livres, ses interventions en France et à l'étranger mais surtout dans son jardin, que Pierre Rabhi "résiste" sans éclats de voix contre un "modèle défaillant", celui du productivisme agricole et des affaires Spanghero ou autre.

"La problématique alimentaire est la plus absurde qui soit. Les villes sont aujourd'hui nourries par des denrées alimentaires qui font des milliers de kilomètres. Pour nous, produire et consommer localement est fondamental."

"L'homme moderne est de plus en plus loin de la nature. Il y fait simplement quelques intrusions pour faire quelques glissades sur la neige ou  aller s'exposer au soleil sur les plages, mais tout le reste du temps il est confiné dans un espace très restreint... ce n'est pas étonnant que cela ait  généré un mode de pensée limité", estime le paysan globe-trotteur, dont le film raconte qu'il aurait pu être ministre au Burkina Faso.
Pierre Rabhi parle de la charte du mouvement Colibris dans un autre documentaire daté 2008
Pas envie d'être un gourou
"Il y a des lois intangibles. Vouloir transgresser les lois de la nature,  c'est se condamner à mort...", tranche Rabhi, dont les préceptes ont inspiré  Nicolas Hulot et qui compte aussi parmi ses soutiens l'actrice Marion Cotillard et la chanteuse Camille.

"C'est vrai que je suis écouté. Mais je n'ai aucune envie de cette  notoriété ou d'être un gourou, c'est embarrassant d'avoir une renommée...  Heureusement pour moi, je ne suis pas simplement à remplir des bibliothèque de principes, je suis aussi dans des actions concrètes... C'est là que je trouve ma cohérence", conclut-il.