"Lullaby to my Father" : Amos Gitaï filme une ode au père

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 17/01/2013 à 11H50, publié le 16/01/2013 à 14H47
Yaël Abecassis dans "Lullaby to my father" d'Amos Gitaï

Yaël Abecassis dans "Lullaby to my father" d'Amos Gitaï

© Epicentre Films

Amos Gitaï est le plus connu et le plus prolifique des réalisateurs israéliens. Documentariste et auteur de fictions, politiquement engagé, c'est la première casquette qu'il revêt aujourd'hui avec un film poignant retraçant le parcours de son père, aidé en cela par Jeanne Moreau et Hanna Schygulla.

Documentaire de Amos Gitaï ((Israël/France/Suisse), avec les voix de Jeanne Moreau, Hanna Schygulla, Amos Gitaï, et à l'écran Ran Danker, Yaël Abecassis   - 1h30 - Sortie : 16 janvier

Synopsis : Entre événements historiques et souvenirs intimes, Amos Gitaï retrace la vie de son père Munio, né en 1909 en Silésie, en Pologne, qui, à l’âge de 18 ans, a rejoint l'école du Bauhaus à Dessau pour recevoir l'enseignement de Walter Gropius, Kandinsky et Paul Klee. En 1933, le Bauhaus est fermé par les nazis, Munio emprisonné, puis expulsé à Bâle. Il part pour la Palestine. A son arrivée à Haïfa, il entame une carrière d’architecte et il adapte les principes européens modernistes au Moyen Orient.
"Lullaby to My Father" : bande-annonce

Rares sont les cinéastes qui ont consacré un film à leur famille, surtout sous forme documentaire. C’est le défi que s’est fixé Amos Gitaï qui, pour l’occasion, réendosse sa pèlerine de documentariste, mais pas seulement, puisque la reconstitution de scènes vécues par Munio, ce père qui a fasciné le fils, participe pour beaucoup du film.

Munio voit ainsi son parcours, ses souffrances, mises à plat, comme dans un rapport filmique où se mêlent la quête des documents, des photos de famille, des papiers administratifs, et une évocation de la célèbre école du Bauhaus des années 20, fermée en 1933 par les nazis alors qu’il y était étudiant. Munio Gitaï fut alors jugé et expulsé d’Allemagne pour trahison envers le peuple allemand, puisque juif adhérant à une école d’art, d’architecture et de design considérée comme décadente.

Yaël Abecassis dans "Lullaby to my Father" d'Amos Gitaï

Yaël Abecassis dans "Lullaby to my Father" d'Amos Gitaï

© Epicentre Films

Gitaï, aidé des voix de Jeanne Moreau et d’Hanna Schygula raconte l’histoire, les origines du père, son engagement, puis reconstitue sobrement son procès, son exil, son départ et son action en tant qu’architecte en Palestine. L’enseignement du Bauhaus est comme une pierre d’angle dans le travail de Munio Gitaï qui voit dans l’idéal social de l’école un recoupement avec celui qui motive l’accueil des nombreux réfugiés dans le nouvel Etat d’Israël créé en 1948 et que l’on retrouve dans le concept à l’origine des kibboutz. Un recoupement qui a sans doute motivé la nomination de Munio à la tête du département d’architecture.

Ce parcours cohérent, artistique, politique et social, porté par un fort idéal, semble, d’après ce film hommage au père, avoir fortement marqué son entourage, sa femme, et sa famille au premier chef. Sans doute la cause pour laquelle Amos embrassera lui aussi la vocation d’architecte, étant étudiant dans cette discipline, d’abord en Israël, puis à Berkeley, aux Etats-Unis. Son cheminement, après la guerre du Kippour prendra une autre direction. Mais la personnalité du cinéaste, lisible dans son œuvre, n’en reste pas moins fortement imprégnée de celle d’un père pour le moins charismatique et influant. Une confession.