Festival "Filmer le travail" : les paysans au labeur

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/02/2014 à 11H59, publié le 12/02/2014 à 11H53
Nature paysannne

Nature paysannne

© Iffcam production

"Nature paysanne" de Thibault Mazars, "Des hommes et des bêtes" de Maxence Voiseux et "Yabuki-Machi" de Mitsuaki Saito : trois documentaires, diffusés cette semaine au festival "Filmer le travail" de Poitiers, traitent de la dureté du métier de paysan, vécu en famille du Pas-de-Calais à l'Aveyron en passant par Fukushima et de la ténacité que celle-ci exige.

Le métier est rude et exige de la ténacité : trois documentaires diffusés cette semaine au festival "Filmer le travail" de Poitiers illustrent cette  propriété commune aux paysans, et sa transmission de père en fils.
 
Dans "Nature paysanne" de Thibault Mazars, l'un de ces films présentés dans  le cadre du festival, trois générations cohabitent dans une ferme de l'Aveyron. Comme dans une boucle temporelle, il y a le grand-père et la grand-mère qui ont vu le métier changer avec la mécanisation, les parents qui regrettent d'être aujourd'hui un peu noyés dans la paperasse, et la fille et son conjoint qui veulent se lancer dans le bio et retravailler à l'ancienne.
 
Dans leur salon, le patriarche et sa femme racontent, au son du tic-tac de  l'horloge, l'époque où les champs étaient fauchés avec les boeufs ou les  chevaux, l'achat du premier tracteur, puis d'autres machines agricoles.

Les paysans d'aujourd'hui peinent autant que leurs aînés
 
"C'est sûr qu'on a vu un progrès formidable", dit le grand père avec un  accent à couper au couteau, tout en cassant des noix. Mais, en évoquant la génération suivante, la grand-mère reconnaît "qu'ils peinent autant que ce qu'on a peiné nous autres. Ce n'est pas du tout le même travail, mais c'est quand même pénible", dit-elle. Le père confirme: "je pense quand-même qu'ils étaient plus contents" parce que "c'était moins intellectuel". Il reconnaît aussi que l'obligation de faire du rendement, avec les engrais ou les pesticides, a pu être néfaste pour la nature. Vient la troisième génération avec la fille et son ami, qui élèvent des  chèvres.
 
"Nous on est en quelque sorte les garants de l'avenir", dit la jeune femme  pleine d'idéaux. Le beau-fils, barbu avec des dreadlocks, veut revenir à une agriculture bio, plus proche de celle des grands-parents.  "A nous d'être intelligents pour ne pas tomber dans le piège de la  machine", dit-il, tandis que sa compagne relève que les aînés "ont tellement la  tête dans le guidon, tellement de boulot, que la place de la nature est plus  petite". Face à ces projets, le père redoute, lui, que ses enfants soient confrontés à un métier "plus pénible" et ne puissent pas en vivre. Quant au grand-père, il avoue que ce retour en arrière lui "fait peur".    

"Il est beau mon boeuf, regarde l'aloyau qu'il a"
 
Dans "Des hommes et des bêtes", ce sont Hubert et son père André qui gèrent une société de "négoce de bestiaux" dans le Pas-de-Calais. On voit les deux hommes, taiseux, casser la croûte dans la cuisine. Le père, qui compte encore en francs, passe en douceur le flambeau à son  fils, mais semble avoir encore la main quand il s'agit de fixer le prix des  bêtes. Et il est tenace sur les tarifs: "Il est beau mon boeuf, regarde l'aloyau qu'il a", lance-t-il ainsi à un acheteur potentiel, pas disposé à lâcher le  morceau. Dans le film court de Maxence Voiseux, curieusement, c'est le fils qui paraît le plus nostalgique: "dans le temps, le marchand de bestiaux, c'était  comme le médecin, il était très respecté", lance ainsi Hubert. "Il y a 50 ans, c'était le Dieu presque le marchand de bestiaux". 
A des milliers de kilomètres de là, dans la province de Fukushima au Japon, on retrouve les mêmes vaches Holstein que chez Hubert et André. Là encore, c'est une histoire de famille que présente Mitsuaki Saito dans "Yabuki-Machi" en filmant son oncle paysan. Malgré le séisme et la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011, la vie continue, et on cultive la terre comme avant. L'oncle se rappelle qu'au moment du séisme, il était impossible de tenir debout. Aujourd'hui, il porte un masque. Mais, explique-t-il en riant, c'est "pour éviter les envolées de terre" et pas du tout "à cause de la radioactivité".  Pour lui, sa seule conséquence est d'entraîner "un risque de mauvaise réputation" pour les légumes et le riz de Fukushima.
Festival "Filmer le travail", jusqu'au 16 février à Poitiers