"Công Binh", un film sensible sur le travail forcé des Indochinois en France

Par @Culturebox
Publié le 05/02/2013 à 15H47
Les photos prises lors du recrutement des jeunes indochinois

Les photos prises lors du recrutement des jeunes indochinois

© ADR Productions 2012

Sorti au cinéma le 30 janvier, le documentaire « Công Binh, la longue nuit indochinoise » de Lam Lê évoque le sort de milliers de travailleurs indochinois exilés de force par l'état français en 1939 puis exploités dans les usines et les rizières de Camargue. En 2009, le journaliste Pierre Daum, coscénariste du film, avait consacré un livre à cette page sombre de l'histoire coloniale française.

Reportage : Caroline Agullo, Thierry Will, Laurence Chraïbi

https://videos.francetv.fr/video/NI_143687@Culture

En vietnamien, « Công Binh » signifie « ouvrier-soldat ». Ils furent 20 000, enrôlés de force pour venir travailler en France dans les usines lors de la Seconde Guerre mondiale. Traités comme des esclaves au pays des droits de l’homme, ils furent aussi victimes d’un mépris immense dans leur propre pays où on les appelait les « Linh Tho », « les soldats ouvriers ». Pour beaucoup de Vietnamiens, ils passèrent pour des traîtres à leur pays d’origine qui collaboraient avec la France. Méprisés de part et d’autre et n’ayant plus de place ni chez eux ni en France, ces hommes firent tout pour se faire oublier, honteux d’une histoire qu’ils n’avaient pas choisi.
Le carnet délivré par le Ministère du Travail aux " Công Binh" 

Le carnet délivré par le Ministère du Travail aux " Công Binh" 

© ADR Productions 2012
C’est en cherchant un réfugié vietnamien pour tourner un de ses films dans les années 80, que le réalisateur Lam Lê (auteur de "Rencontres des nuages et du dragon" en 1981 et "Poussières d'Empire" avec Dominique Sanda en 1983) a rencontré un vieux monsieur qui a fini par lui avouer son passé de « Công Binh ». Né en 1948 au Nord Vietnam, le cinéaste qui a grandi à Hanoï, a vécu la présence coloniale, en a subi les inégalités. Même s’il a quitté son pays en 1966 pour venir étudier en France, il avait à cœur de raconter cette histoire.
Un des vieux Công Binh qui témoignent dans le fil de Lam Lê © ADR Productions 2012
Le détonateur a été la sortie en 2009 du livre de Pierre Daum «Immigrés de force » (chez Actes Sud). Lam Lê a eu le déclic pour réaliser un film autour de ces destins brisés. Une vingtaine d’hommes ont apporté leur témoignage, pour la plupart âgés de 90 ans. Cinq d’entre eux sont morts pendant le montage du film, prouvant ainsi l’urgence à évoquer cette histoire. Malgré son aspect documentaire, le film de Lam Lê est aussi résolument politique et poétique. Le cinéaste a ainsi pris comme fil conducteur le théâtre de marionnettes sur l’eau d’Hanoï.
Un livre et un film qui font bouger les choses

La sortie du livre de Pierre Daum a créé dès 2009 un mouvement pour la reconnaissance de l’histoire de ces Vietnamiens arrachés à leur terre. A Arles, Miramas, ou à Sorgues (où 5 000 « Công Binh » étaient internés dans plusieurs camps), des journées de commémoration ont été organisées. En Camargue, une statue d’un paysan vietnamien devrait être réalisée par le sculpteur Lê Ba Dang...alias ZAE 6, l’un des témoins interrogés par Lam Lê.
Quant au film, il a été présenté en première mondiale à l’IDFA, « Công Binh »  a été sélectionné au festival d’Amiens où il a décroché le Prix du Jury 2012 ainsi qu’au Festival du Film d’Histoire de Pessac où il a là aussi remporté le Prix du Jury 2012.

"Immigrés de force - Les travailleurs indochinois en France (1939 - 1952)" de Pierre Daum chez Actes Sud - 2009 - 288 pages - 24,30€