Décès du réalisateur russe Alexeï Guerman

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/02/2013 à 13H31, publié le 21/02/2013 à 10H09
Le réalisateur russe Alexeï Guerman en 2008 à Paris

Le réalisateur russe Alexeï Guerman en 2008 à Paris

© Patrick Kovarik / AFP

Le réalisateur russe Alexeï Guerman, auteur notamment de "Khroustaliov, ma voiture !", est décédé jeudi à l'âge de 74 ans à Saint-Pétersbourg où il était hospitalisé depuis plusieurs mois, a indiqué sa famille. Avec lui, la Russie perd un cinéaste exigeant dont le non-conformisme s'était heurté à la censure à l'époque soviétique

"Mon père est décédé aujourd'hui sans reprendre connaissance. Les médecins ont fait tout leur possible pour le sauver (...). Mais son coeur s'est tout simplement arrêté de battre", a écrit Alexeï Guerman junior, lui aussi réalisateur, dans son blog publié sur le site de la radio Echo de Moscou.
 
Guerman avait été hospitalisé à Saint-Pétersbourg, sa ville natale, en  novembre 2012, pour des hématomes cérébraux, après être tombé dans son appartement à la suite d'un malaise cardiaque. Ayant par la suite contracté une pneumonie, Alexeï Guerman avait été placé  en réanimation.
La bande-annonce de "Mon ami Ivan Lapchine" d'Alexei Guerman
Né le 20 juillet 1938 à Leningrad (nom soviétique de Saint-Pétersbourg), fils de l'écrivain et scénariste Iouri Guerman, Alexeï Guerman portait un regard critique sur ses contemporains, l'évolution du pays et l'état du cinéma en  Russie.
 
Mal vu des autorités soviétiques pour son non-conformisme, en butte à la censure, il n'a réalisé que quelques films, dont "Vingt jours sans guerre"  (1976), "Mon ami Ivan Lapchine" (1984), et a eu une large activité de scénariste pour d'autres réalisateurs.

"Chacun de mes films m'a valu d'être renvoyé par le studio qui m'employait. Mais au bout d'un moment on me proposait un nouveau projet, car la dureté des lois russes est adoucie par l'incompétence des fonctionnaires chargés de l'appliquer", avait-t-il raconté lors des Rencontres cinématographiques de la Seine-Saint-Denis en 2008. "On a décrété que ces films étaient un 'gaspillage de la propriété de  l'État'", avait-il rappelé.
 
"Khroustaliov, ma voiture!" (1998), présenté au Festival de Cannes la même année, racontait la descente aux enfers d'un médecin-général appelé par Lavrenti Beria au chevet de Staline mourant.

Son dernier film est en cours d'achèvement
Son dernier film "Il est difficile d'être un dieu", d'après le roman éponyme des frères Strougatski, est en train d'être achevé et sortira après l'enterrement du cinéaste, selon les studios Lenfilm.

Il s'agit d'une réflexion philosophique sur l'impossibilité pour un  intellectuel de suivre les règles imposées par une société autoritaire.

En 2011, avec d'autres personnalités du cinéma russe, Alexeï Guerman avait  protesté contre la privatisation des célèbres studios Lenfilm, à Saint-Pétersbourg. Et c'est principalement grâce à son intervention que le projet de la privatisation a été suspendu, estiment les spécialistes.
 
C'est un "monstre sacré qui disparaît"
"Il était unique. Que peut-on dire d'autre sur le talent artistique de cet  homme?", a déclaré pour sa part le réalisateur russe Alexandre Sokourov, cité par l'agence Interfax.

"Alexeï Guerman était un 'monstre sacré' du cinéma soviétique et russe, il  était hors cadre, le dernier héritier de la culture élitiste soviétique et  celle de Leningrad", a déclaré le critique de cinéma Mikhaïl Trofimenkov.

La mort du cinéaste, qui était disciple de célèbres réalisateurs  soviétiques Grigori Kozintsev et Gueorgui Tovstonogov, "signifie la fin d'une  époque", ajoute le critique.

"Guerman était un des symboles de notre cinéma", souligne le cinéaste  Vladimir Bortko.

Son fils Alexeï Guerman junior, également réalisateur, a notamment obtenu le Lion d'argent à Venise en 2008 pour "Le soldat de papier".