Décès de Sylvia Kristel, l'héroïne d'"Emmanuelle"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 18/10/2012 à 11H28
Sylvia Kristel en 1974

Sylvia Kristel en 1974

© Muus / SIPA

L'actrice néerlandais Sylvia Kristel, connue dans le monde entier pour avoir incarné l'héroïne du film érotique "Emmanuelle" en 1974, est décédée dans la nuit de mercredi à jeudi des suites d'un cancer. Just Jaeckin, réalisateur en 1974 d'"Emmanuelle", évoque "Une femme merveilleuse, très pure, très naïve... Elle avait été dépassée, comme moi d'ailleurs, par le raz-de-marée d'Emmanuelle. Le fer rouge d'Emmanuelle a été très dur pour elle".

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"Elle est morte pendant la nuit, pendant son sommeil", a déclaré à l'AFP  Marieke Verharen, de l'agence Features Creative Management, qui représentait l'actrice de 60 ans.

La comédienne avait été victime d'une attaque cérébrale début juillet et avait été hospitalisée. Sylvia Kristel avait été soignée pour un cancer de la gorge et avait subi un  traitement contre des métastases au foie.

La BA d'Emmanuelle (1974)

Née en 1952 à Utrecht, dans une famille bourgeoise, Sylvia Kristel est particulièrement brillante à l’école et parle quatre langues. Mais à 17 ans, elle choisit d’être mannequin et remporte le concours de Miss TV Europe en 1973. Elle tourne dans des spots publicitaires avant de travailler pour le cinéma.

Elle devient mondialement connue dans la peau de l’héroïne d’"Emmanuelle" de Just Jaeckin, en 1974. Elle y incarne une épouse oisive qui trompe son ennui dans le sexe. Elle devient dès lors un fantasme planétaire.

Remarquée par de grands réalisateurs, elle joue ensuite dans quelques films d’auteur comme "Un linceul n’a pas de poches" de Jean-Pierre Mocky (1974), "Une femme fidèle" de Roger Vadim ou "Alice ou la dernière fugue" de Claude Chabrol. Emmanuelle lui colle à la peau
Mais son image de comédienne de films érotiques lui colle à la peau, la reconversion est difficile. Elle tourne notamment plusieurs suites d’Emmanuelle.

En 1981, elle avait retrouvé Just Jaeckin pour tourner "L’Amant de Lady Chatterley". Elle a longtemps vécu à Los Angeles, où elle s'est mise à peindre, partageant pendant une dizaine d'années la vie du poète et critique Freddy de Vree.

Sylvia Kristel assumait sans problème sa nudité à l'écran mais n'a jamais réellement su gérer ce tsunami qui fit d'elle une star mondiale à l'âge de 22 ans. Toute sa vie, elle a été ambivalente à l'égard d'Emmanuelle.


Sylvia Kristel ambivalent sur le rôle l'a rendue célèbre
Sylvia Kristel a été choisie pour interpréter cette jeune femme curieuse de tous les plaisirs parce qu'elle était une jeune fille aux traits purs, à la voix de petite fille, douce comme une fée. Ce masque de respectabilité rendait troublant son personnage, apparaissant sur la célèbre affiche du film indolente, cheveux courts et roux, collier de perles fines sur sa poitrine nue, bottines sexy et regard ingénument dévastateur.

Parfois, elle était postitive sur ce rôle qui lui a permis de connaître pendant des années une vie de rêve, une vie facile : "Tout le monde me traitait comme une reine, mis à part quelques féministes. Je crois que cette aventure -  c'était 'Alice au pays des merveilles' comparé à ce qu'on voit aujourd'hui ! -  a servi la libération de la femme, et non son aliénation, comme le disaient  certains".

Plus souvent, elle s'exaspérait qu'à chaque apparition médiatique, on lui parle de ses légendaires galipettes dans un vol long-courrier en direction de la Thaïlande, du fameux fauteuil en osier, immortalisé sur l'affiche. "J'en ai marre d'être une femme libérée, tous les hommes rêvent de moi, alors que moi,  je ne rêve que d'un seul homme", assurait-elle, disant détester ce rôle.

"Les stars du porno me comparent à un frigidaire"
"C'est vrai que je n'étais pas une actrice très inspirée mais est-ce qu'on peut l'être dans ce genre de films?", demandait-elle non sans humour, admettant avoir eu "ce handicap" d'être cataloguée "porno-soft". "Je ne me sens pas érotique, d'ailleurs les stars du ciné porno me comparent à un frigidaire et ma poitrine n'a rien de provocant comme celle de Gina Lollobrigida. Néanmoins, je  préfère être sex-symbol que secrétaire".

Elle ne toucha que 18.000 francs pour sa première prestation et aucun intéressement sur les entrées mais s'est rattrapée avec des suites, plus rentables, au film.  Elle a aussi participé, contre de bons cachets, à de nombreuses émissions de  télé où, bien sûr, on ne l'interrogeait que sur Emmanuelle !

 

Sylvia Kristel avait publié en 2006 une autobiographie, "Nue" (Le Cherche Midi). Elle y revenait sur une carrière finalement  laminée par le succès mondial d'Emmanuelle, une vie rongée par les malheurs (enfance abusée, alcoolisme, drogue, divorces en série, problèmes financiers, graves ennuis de santé) et ne cachait pas ses erreurs, sa paresse à se prendre  en main, son besoin d'argent pour acheter de la drogue.