De Toronto à Deauville, la question des femmes dans le cinéma plus que jamais au centre du débat

Publié le 09/09/2018 à 16H57
Au Festival international du film de Toronto (TIFF), une manifestation contre le sexisme (8 septembre 2018)

Au Festival international du film de Toronto (TIFF), une manifestation contre le sexisme (8 septembre 2018)

© Emma McIntyre / Getty Images North America / AFP

Près de 200 personnes se sont rassemblées samedi à l'occasion du Festival international du film de Toronto (TIFF), pour appeler producteurs et réalisateurs à lutter contre le sexisme, tandis qu'au Festival de cinéma américain de Deauville, des artistes se réjouissaient d'une plus grande ouverture du monde du cinéma aux femmes.

Près de 200 personnes, parmi lesquelles plusieurs vedettes de Hollywood, se sont rassemblées samedi près du quartier général du Festival international du film de Toronto (TIFF), pour appeler producteurs et réalisateurs à lutter contre le sexisme et à donner aux femmes de meilleurs rôles et des cachets équivalents à leurs homologues masculins.

Geena Davis réclame des rôles féminins valorisants

L'actrice Geena Davis ("Thelma et Louise") a pris la parole pour réclamer que l'industrie du cinéma fasse la chasse aux préjugés sur les femmes dès le plus jeune âge, par exemple en mettant en lumière plus de personnages féminins valorisants dans les films et séries télévisées pour enfants.
 
"Pourquoi enseignons-nous à nos enfants quelque chose dont nous essayons ensuite de nous débarrasser? Pourquoi leur apprenons nous à avoir des a priori sur le genre dès le plus jeune âge alors que nous savons qu'il est si dur de s'en débarrasser," a demandé l'actrice. Elle a raconté s'être engagée dans ce combat en se rendant compte que sa propre fille ne trouvait pas de modèle auquel s'identifier au cinéma.
 
Dans la foulée du mouvement #Metoo, les appels se sont multipliés dans l'industrie du cinéma pour que réalisateurs et producteurs fassent plus de place aux femmes.

Le TIFF s'engage à promouvoir l'égalité des sexes

Les actrices canadiennes Amanda Brugel ("La servante écarlate") et Mia Kirshner, qui a cofondé la campagne "#Aftermetoo" de lutte contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail,  ont également appelé à une plus grande parité hommes-femmes dans le cinéma.
 
"Il faut que tout le monde s'unisse et reconnaisse cette culture malsaine et toxique qui n'aide personne", témoigne pour l'AFP Callum Middleton, 23 ans, camerawoman de Vancouver. "Quand on prend soin les uns des autres et qu'on crée un environnement respectueux pour chacun, chacun peut avoir un environnement de travail sûr."
 
Le patron du TIFF, Cameron Bailey, a réaffirmé l'engagement à promouvoir lors de son festival l'égalité des sexes dans l'industrie cinématographique.
 
La proportion des femmes réalisatrices présentant un film au festival a atteint cette année 35 %, en légère hausse par rapport à 2017. Les organisateurs du TIFF ont mis en place un numéro d'urgence pour les employés, les bénévoles ou les membres du public pour dénoncer tout cas de harcèlement sexuel.

Davantage de femmes derrière la caméra, selon Jim Cummings à Deauville

A Deauville, la note était optimiste : le mouvement #Metoo a permis d'ouvrir l'industrie du cinéma américain aux femmes, désormais beaucoup plus nombreuses derrière les caméras, se sont réjouis nombre d'artistes durant le Festival de cinéma américain, malgré les tensions persistantes sur le sujet.
 
"C'est vraiment incroyable. J'ai vu plus de femmes derrière les caméras ces deux dernières années qu'en vingt ans", s'exclame Jim Cummings auteur et acteur principal de "Thunder Road", un premier film, Grand Prix du festival du cinéma américain de Deauville samedi, pamphlet tragi-comique contre la "virilité à la John Wayne".
 
"C'est formidable et très important ce qui se passe. Le résultat ce sont des films avec une perspective jamais vue avant", renchérit le réalisateur de 31 ans dans un entretien à l'AFP, réalisé avant de savoir qu'il serait primé.

Avant, il y avait juste la script girl

Mais le changement était en germe avant #Metoo, face au discours de Donald Trump sur les femmes et à la défaite d'Hillary Clinton aux présidentielles, précise cet Américain de Louisiane, dont la compagne est aussi réalisatrice.
 
"On voit vraiment le changement derrière la caméra, dans les équipes de tournage", a aussi estimé Alison Benson, productrice américaine interrogée sur les conséquences de #Metoo lors d'une conférence de presse.
 
"Je peux en témoigner. Avant, il y avait juste la script girl", la secrétaire du tournage, confirme Fabien Constant, réalisateur français du film américain "Here and Now" présenté jeudi à Deauville, avec Sarah Jessica Parker, et produit par Alison Benson.
 
Pour Mélanie Laurent qui présentait justement le 1er septembre à Deauville son premier film américain comme réalisatrice, "Galveston", la tendance est aussi très nette. "Les réalisatrices femmes ont mille fois plus d'opportunités de rendez-vous. C'est un autre monde", constate l'actrice qui a joué dans plusieurs films américains.  "Mais il ne faut pas changer le monde que dans notre métier. Je voudrais entendre aussi les Indiennes, les caissières, les médecins, que les journalistes parlent aussi de ces femmes-là", nuance l'artiste de 35 ans dans un entretien à l'AFP.

Le débat reste "vigoureux"

L'actrice principale de son film, Elle Fanning, qui, à vingt ans, a déjà tourné 31 films dont deux avec Sofia Coppola, est du même avis : "J'espère que cela va aider hommes et femmes à se sentir plus protégés et en sécurité sur leur lieu de travail dans toutes les industries. Cela ne se fait pas d'un seul coup mais chaque pas compte", a déclaré la star montante d'Hollywood à l'AFP.
 
Reste que dans l'industrie du cinéma comme ailleurs, le débat demeure "vigoureux", a souligné Sarah Jessica Parker. "Ce qui se passe est extrêmement important, incroyablement compliqué. Les derniers rebondissements ont compliqué le débat encore davantage", a estimé devant la presse l'héroïne de "Sex and the City", faisant allusion aux récentes accusations d'agression sexuelle visant Asia Argento, figure de proue du mouvement #MeToo.
             
Signe de tensions toujours vives dans le monde du cinéma américain, les organisateurs du festival ont écarté toute question portant sur #Metoo adressée au monument d'Hollywood Morgan Freeman, 81 ans, qui était à Deauville vendredi. Le "deuxième acteur le plus lucratif de l'histoire du cinéma", selon le festival, avait été accusé en mai de harcèlement sexuel par huit femmes interrogées par la chaîne CNN. "Je n'ai pas agressé de femmes", avait répondu la star. Certaines personnes, interrogées par CNN, avaient décrit un comportement irréprochable.