"Voyage à Yoshino" : Naomi Kawase et Juliette Binoche dans une nature ésotérique

Mis à jour le 26/11/2018 à 11H23, publié le 26/11/2018 à 11H13
Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwat dans "Voyage à Yoshino" de Naomie Kawase

Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwat dans "Voyage à Yoshino" de Naomie Kawase

© Haut et Court

Alors qu’une rétrospective est consacrée à la réalisatrice japonaise Naomi Kawase (Les "Délices de Tokyo") au Centre Pompidou à Paris du 23 novembre au 6 janvier, sort son dernier film "Voyage à Yoshino". Une coproduction avec la France, où Juliette Binoche est plongée dans une forêt mystique.

La note Culturebox

4
4/5

Film Tao

Naomi Kawase reste fidèle à sa région natale de Nara (île d'Honshū), ancienne capitale du Japon, dans "Voyage à Yoshino", son nouveau long métrage qui reprend ses thèmes de prédilection liés à la nature, sous une forme poétique teintée d’un écologisme spiritualiste. Jeanne (Juliette Ninoche) recherche une plante médicinale rare dans la forêt montagnarde de Yoshino, au Japon, où elle vécut il y a 20 ans son premier amour. Elle se lie à Tomo (Masatoshi Nagase) qui recueille Rin (Takanori Iwata), blessé dans la forêt. Cette rencontre va faire basculer leur destin et celui de la montagne forestière.
"Voyage à Yoshino" : la bande annonce
Toujours habitée d’un sens aigu de l’image, Naomi Kawase cisèle des plans d’une beauté merveilleuse qui exalte une nature japonaise au cœur de la culture nippone. Celle-ci est intimement liée au taoïsme, religion ou philosophie selon les acceptations. Une pensée teintée d’animisme, où la manifestation du monde reflète une dimension spirituelle. C’est cette exaltation d’une nature spiritualisée qui guide "Voyage à Yoshino". Dans ce périple, les personnages ne sont pas maître de leur destin, mais soumis à une nature qui doit se servir d'eux pour revitaliser le monde. Ce cheminement initiatique est aussi transmis par une forme filmique non moins ésotérique.

Alchimie visuelle

Naomi Kawase ne dit rien, elle expose. Elle n’explique rien, elle suggère. Plus que les dialogues, parcellaires, ce sont les images, leur succession et enchaînement qui parlent. Au spectateur de faire le lien dans une communion active avec le film. D’autres cinéastes, comme Goddard, Bergman ou Malick, pour ne citer qu’eux, se situent dans cette lignée. Naomi Kawase abonde dans ce sens, comme nombre d’autres cinéastes asiatiques, par la temporalité donnée à son récit. Celui-ci s’ouvre sur un personnage que l’on ne retrouvera qu’à la fin où est justifiée sa présence. Le présent et le passé s’entremêlent pour se fondre en un "hypertemps" où deux personnages sont transmués en un seul par l’intermédiaire d’une chamane… Toi qui "Voyage à Yoshino" abandonne toute rationalité.
"Voyage à Yoshino" de Naomi Kawase

"Voyage à Yoshino" de Naomi Kawase

© Neue Visionen Filmverleih
C’est à un voyage magique que convie la cinéaste. Elle fusionne la disponibilité du spectateur et sa participation dans une alchimie visuelle, pour l’initier à une prise de conscience de la nature comme condensateur de la survivance du monde. Avec le message optimiste que c’est elle qui gouverne, malgré les attaques humaines, en prenant en compte le rôle de l’homme, indispensable à sa régénérescence. Comme le taoïsme, fondé sur les concepts du Yin et du Yang, "Voyage à Yoshino" est à son image, fondé sur l’union des contraires, le ciel et la terre, avec au centre l’homme.
"Voyage à Yoshino" : l'affiche

"Voyage à Yoshino" : l'affiche

© Haut et Court

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur :  Naomi Kawase
Pays : Japon / France
Acteurs :   Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata, Takanori Iwaka, Mari Natsuki
Durée : 1h49
Sortie : 28 novembre 2018

Synopsis : Jeanne part pour le Japon, à la recherche d'une plante médicinale rare. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde forestier, qui l’accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.