"Viva la Libertà" de Roberto Andò : la fantaisie au pouvoir !

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Publié le 31/01/2014 à 16H46
Détail de l'affiche de "Viva la Libertà" de Roberto Andò 

Détail de l'affiche de "Viva la Libertà" de Roberto Andò 

© Bellissima Films

En adaptant au cinéma son roman "Le trône vide", Roberto Andò réussit une jolie fable politique : le leader de la gauche italienne au bord du burn-out est remplacé par son frère jumeau fraîchement sorti de l’hôpital psychiatrique… Résultats ? Les sondages remontent, électeurs comme militants en redemandent.

Comédie italienne de Roberto Andò – avec Toni Servillo, Valerio Mastandrea et Valeria Bruni Tedeschi - Durée : 1h34 – Sortie : 5 février 2014

Synopsis : Secrétaire général du principal parti de l’opposition italienne, Enrico Oliveri est inquiet : les sondages le donnent perdant. Un soir, il choisi de disparaître, laissant une note laconique. C’est la panique au sein du parti où tout le monde s’interroge pour essayer de comprendre les raisons de sa fuite. Pour « sauver les meubles », son conseiller et sa femme tentent de trouver une solution. Anna évoque le nom du frère jumeau du secrétaire général, Giovanni Ernani, un philosophe de génie, atteint de dépression bipolaire et qui vient juste de sortir de l’hôpital psychiatrique. Pourrait-il, provisoirement, le remplacer, sans que le public, les médias et les cadres du parti ne s’en aperçoivent ?
Un homme politique remplacé par son double, Pierre Tchernia en avait déjà eu l’idée en 1979 avec "La Gueule de l’Autre", dans lequel Michel Serrault, terrorisé par les menaces d’un tueur évadé, se refaisait remplacer par un cousin saltimbanque. Roberto Andò travaille le même sillon avec cette comédie grinçante assez épatante, une histoire parfaitement burlesque mais traitée avec classe et intelligence.

Nous sommes donc conviés au spectacle jouissif d’un dynamitage des codes politique. Les calculs, les connivences, les connexions, tout explose au passage de ce jumeau intérimaire qui, à la différence de son frère, ne s’embarrasse pas de langue de bois. Désintéressé, désinhibé, il dit tout ce qui lui passe par la tête… et ça marche !
Toni Servillo dans "Viva la Libertà"

Toni Servillo dans "Viva la Libertà"

© Bellissima Films
Quelques scènes cultes traversent cette comédie qui en dit long sans se prendre au sérieux : quand la « doublure » du leader chantonne en guise de réponse au Conseil de politique de son parti dont les éléphants attendent sa position sur les accords électoraux ; quand il va retrouver ses vrais amis pour danser le tango, sous le regard de quelques infirmières ; ou quand il se livre à un jeu de cache-cache avec le président italien dans la grande salle des mappemondes… Pendant ce temps, « l’autre » se refait une santé à Paris au côté d’une ancienne maîtresse, mariée à un grand réalisateur de cinéma. Un retour aux sources doux et protecteur, qui permet au politicien professionnel de re-toucher terre.
Viva la Liberta - Toni Servillo © Bellissima Films
Roberto Andò s’appuie sur d’excellents acteurs, en particulier le sublime Toni Serrillo (« La Grande Bellezza », « Gomorra », « Il Divo », « Un balcon sur la mer »…) impeccable dans son double-je. Le film avance et la question nous taraude, comment l’achever sans rompre le charme ? Faire revenir le politicien professionnel ou laisser les clés au jumeau déjanté… Roberto s’en sort avec une jolie pirouette. Malin, une fois de plus.