"Une pluie sans fin" : thriller psychologique intense dans une Chine en mutation

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 25/07/2018 à 12H16, publié le 25/07/2018 à 08H02
Duan Yihong dans "Une pluie sans fin" de Dong Yue

Duan Yihong dans "Une pluie sans fin" de Dong Yue

© Wild Bunch Distribution

Le Chinois Dong Yue signe un coup de maître avec "Une pluie sans fin", son premier film. Un thriller psychologique situé en 1997, à quelques mois de la rétrocession de Hong Kong à la Chine qui symbolise le passage du communisme de Mao, à l’économie de marché. Sur le canevas d’une enquête autour d’un serial killer, "Une pluie sans fin" fait le tour d’un pays schizophrène.

La note Culturebox

4
4/5

Perte de sens

Grand prix du dernier Festival du film policier de Beaune, "Une pluie sans fin" semble au prime abord un énième film de tueur en série, avec ses classiques scènes de crime et son enquêteur obsessionnel. Chef de la sécurité de son usine sur le point d’être fermée, Yu Guowei participe à l’enquête sur des crimes de jeunes femmes perpétrés dans son périmètre de surveillance. Solitaire, menacé de licenciement, il se lie à une jeune femme qui lui donne quelque espoir, mais son enquête obsessionnelle va prendre le dessus d’une vie en perte de sens.
Une pluie sans fin : la bande annonce
Filmé sous une pluie battante de bout en bout, tout en grisaille, "Une pluie sans fin" est imprégné d’une atmosphère oppressante qui rappelle "Seven" de David Fincher. Mais cette forme parfaitement maîtrisée se double d’un message psychologique et social plus proche de "A Touch of Sin" de Jiang Zhan-Ke, prix du scénario au Festival de Cannes 2013. Les meurtres à répétition du film de Dong Yue sont à l’image des milliers d’ouvriers sacrifiés au prix de la rentabilité financière.

Apocalypse

Les actes criminels, eux, renvoient au déséquilibre de leur auteur. Cadré jusqu'ici par des valeurs qu'il a toujours connues, la nouvelle soxiété les renies pour d'autres. Si elle se permet tout, désormais tout est permis. L’évolution du récit, qui se rapproche progressivement du criminel, aboutira à une révélation plus suggérée qu’explicite, dérangeante.
"Une pluie sans fin" de Dong Yue

"Une pluie sans fin" de Dong Yue

© WIld Bunch Distribution
L’intrigue est plus le prétexte à faire le portrait d’un homme qu’à exposer une simple enquête policière. Sa rencontre amoureuse, vécue comme une quête de rédemption impossible, aboutit à un film des plus sombres. Le fond social fort, le mépris dont est l’objet cet agent de sécurité sur le point de perdre sa place, comme les ouvriers qui l’entourent, donnent une vraie dimension à ce premier long métrage talentueux. Il n’en demeure pas moins fidèle aux codes du film noir. Embué de trombes d’eau en continue, "Une pluie sans fin" est imprégné d’une ambiance de fin du monde pour signifier, la fin d’un monde.   
"Une pluie sans fin" : l'affiche

"Une pluie sans fin" : l'affiche

© Wild Bunch Distribution

LA FICHE

Genre : Thriller
Réalisateur : Dong Yue
Pays : Chine
Acteurs : Duan Yihong, Jiang Yiyan, Du Yuan (II)
Durée : 1h 50
Sortie : 25 juillet 2018
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Synopsis : 1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.