"The Master" : Joaquin Phoenix en force

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 10/01/2013 à 11H38, publié le 09/01/2013 à 13H36
Joaquin Phoenix dans "The Master" de Paul Thomas Anderson

Joaquin Phoenix dans "The Master" de Paul Thomas Anderson

© Metropolitan Film

Paul Thomas Anderson est vite devenu un des plus grands metteurs en scène américains, avec "Magnolia", "Punch-Drunk Love" et surtout "There Will Be Blood", peut être son chef-d'oeuvre à ce jour. "The Master" a reçu le Lion d'argent - Prix de la mise en scène et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine pour Philip Seymour Hoffman, Joaquin Phoenix, au dernier Festival de Venise.

De Paul Thomas Anderson (Etats-Unis), avec : Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Jesse Plemons, Laura Dern - 2h17 - Sortie : 9 janvier

Synopsis : Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – « le Maître », charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe.
"The Master" : la bande-annonce
L’Amérique mystique
Ce n’est un secret pour personne, Paul Thomas Anderson s’est librement inspiré de Ron Hubbard et sa scientologie, pour son « Master » et « La Cause » qu’il dirige de sa stature charismatique. Cinéaste surdoué, Anderson est épaulé par un duo d’acteurs qui se sont d’ores et déjà affirmés parmi les plus accomplis de leur génération, Joaquin Phoenix, qui retrouve un rôle à sa mesure, et Philip Seymour Hoffman, tous deux Prix d’interprétation à la dernière Mostra de Venise. Tous sont au rendez-vous d’un grand film, à la hauteur de leur réputation.

Anderson trouve toujours des sujets hors des sentiers battus. A l’écriture d’un sujet original s’il en est, et derrière la caméra, il explore avec « The Master » la fascination de l’Amérique pour le mysticisme. Les Etats-Unis sont caractéristiques de ce paradoxe d’être à la pointe d’une société matérialiste, fleuron de l’argent roi, et de connaître un foisonnement d’Eglises déduites du dogme chrétien ou spiritualistes. « La Cause », alter-ego de l’Eglise de scientologie, relève clairement de la deuxième. « The Master » n’est pas pour autant un film sur la scientologie. C’est avant tout l’histoire d’un homme, traumatisé par la guerre (Phoenix), récupéré par un gourou (Seymour Hoffman), sans que pour autant Anderson exprime un jugement sur cette récupération.
Philip Seymour Hoffman dans "The Master" de Paul Thomas Anderson

Philip Seymour Hoffman dans "The Master" de Paul Thomas Anderson

© Metropolitan Film
Anderson : the master
Si le maître inspire de la fascination pour tout son entourage, il est en retour tout autant fasciné par celui qu’il n’hésite pas à qualifier de « cobaye », mais aussi, par déduction, de patient, se disant capable de le guérir de son alcoolisme, dont il semble pourtant lui-même atteint. Si cette fascination existe bien pour le gourou, c’est que son protégé lui échappe. Il reste cet « animal » qu’il veut extraire de la nature humaine, en la « perfectionnant ». Anderson reprend ainsi dans son scénario cette intime relation existant entre le discours mystique et la maladie. Le Christ guérissait (ressuscitait même), Katherine Mansfield, René Daumal ou Luc Dietrich se sont réfugiés chez Gurdjieff, au dernier stade de leur maladie… Autres constances, celle des femmes dans l’entourage du maître, mais aussi l’argent qui plus ou moins bien acquis entache les tendances sectaires.

Paul Thomas Anderson met tout ce programme à plat avec une qualité d’écriture minutieuse sans aucune prise de parti et une mise en scène d’une élégance extrême, comme dans tous ses films. A son habitude, le récit prend son temps, trop diront certains. Les destins de Freddie Quell et de son mentor Lancaster Dodd en valent la peine, en s’attardant sur l’échec sentimental du premier, bien plus traumatisant que son expérience de la guerre, ou la récupération puritaine par sa femme du discours du second. Ou encore la répétition des exercices qui participent de la « thérapie », de l’enseignement du maître. Anderson enlumine de plus son propos d’une mise en images des années 50 juste sans être ostentatoire. La très grande classe. 

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