"The Immigrant" : James Gray signe un mélo trop chargé et larmoyant

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 25/11/2013 à 15H09, publié le 25/11/2013 à 15H00
Joaquin Phoenix et Marion Cotillard dans "The Immigrant" de James Gray

Joaquin Phoenix et Marion Cotillard dans "The Immigrant" de James Gray

© Wild Bunch Distribution

James Gray participait pour la quatrième fois à la compétition cannoise en mai avec "The Immigrant", après "The Yards" (2000), "La Nuit nous appartient" (2007) et "Two Lovers" (2008). Gray s'était fait remarqué dès 1994, avec "Little Odessa". Il signe son premier film d'époque, avec Marion Cotillard et son acteur fétiche Joaquin Phoenix, mais pour la première fois, également, ne convainc guère.

De James Gray (Etats-Unis), avec : Joaquin PhoenixMarion CotillardJeremy Renner, Dagmara Dominczyk - 2h00 - Sortie : 27 novembre 2013

Synopsis : 
1921. Ewa et sa sœur Magda quittent leur Pologne natale pour la terre promise, New York. Arrivées à Ellis Island, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Ewa, seule et désemparée, tombe dans les filets de Bruno, un souteneur sans scrupules. Pour sauver sa sœur, elle est prête à tous les sacrifices et se livre, résignée, à la prostitution.L’arrivée d’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, lui redonne confiance et l'espoir de jours meilleurs. Mais c'est sans compter sur la jalousie de Bruno... 
The Immigrant : la bande-annonce
Splendeur et misère
"The Immigrant" avait déçu la critique à Cannes, même si ajourd’hui, "Le Monde", "Les Inrockuptibles" ou "Télérama" le portent aux nues. C’est à croire qu’ils défendent plus le cinéaste que le film. Comment le réalisateur qui a réinventé le thriller familial, avec "Little Odessa", "The Yards" et "La Nuit nous appartient", puis le film sentimental avec "Two Lovers", peut-il assumer un mélodrame dont le scénario remonte à un autre âge, comme l’on en réalisait dans les années 20, voire moins inventif ?

On est en effet loin de l’originalité, qui parfois frôle le délire, des scripts des films de Griffith, Borzage ou Browning qui excellaient dans le genre. Gray plaque aux conventions les plus éculées, ou en ressassant tous les clichés : jeune immigrée violée durant son voyage, sœur tuberculeuse mise en quarantaine, prostitution pour soudoyer ses gardes afin de la libérer, souteneur au grand cœur se révélant l'agent de sa perdition, rival assassiné… On passe même par les égouts des "Misérables", n’en jetez plus. Le script est signé du réalisateur et de Ric Menello, également cosignataire de celui de "Two lovers". Gray veut sans doute rendre hommage à un genre qu’il aime - et que nous aimons aussi -, mais qu’est-ce que cette démarche apporte au cinéma ? Pourquoi tant charger la barque ?
Marion Cotillard et Joaquin Phoenix dans "The Immigrant" de James Gray

Marion Cotillard et Joaquin Phoenix dans "The Immigrant" de James Gray

© Anne Joyce
Lys brisé
La mise en image est évidemment soignée, en soulignant le tournage en studio, pour s’identifier encore plus au filmage des grands mélodrames américains des années 20. La reconstitution historique belle comme tout... Le film baigne dans une lumière crépusculaire tirant sur l’ocre, comme l’affectionne James Gray.
The Immigrant : extrait
Marion Cotillard joue les "lys brisés" de ses grands yeux humides, composant une Polonaise parlant l’anglais avec un accent convaincant, pendant que Joaquin Phoenix s’en tire aussi avec une composition dont il fait passer toute l’ambiguïté. Mais c’est bien pour dénicher quelque chose susceptible de sauver le film, difficilement récupérable par ailleurs. Antédiluvien.