"The Final Portrait" : le jour sans fin d’Alberto Giacometti

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/06/2018 à 16H36, publié le 03/06/2018 à 11H44
Armie Hammer et Geoffrey Rush dans "Alberto Giacometti, The Final Portrait" 

Armie Hammer et Geoffrey Rush dans "Alberto Giacometti, The Final Portrait" 

© Bodega Films

Deux semaines de la vie d’un génie. "The Final Portrait" n’est pas à proprement parler un biopic, plutôt une tranche de vie et de création, une immersion dans l’atelier du génial peintre et sculpteur.

La note Culturebox

4
4/5
Il maugrée, jure, explose. Il arrache ses esquisses, les brûle. Recouvre d’une gouache uniforme le portrait auquel il vient de consacrer des journées. Plus tard, il s’abandonnera en buvant et en dansant. Voûté, ébouriffé, Giacometti n’est plus très loin de la fin de sa vie. Son incapacité à terminer une oeuvre transforme chez lui la création en souffrance.

Ce Giacometti du milieu des années soixante est pourtant une star. Les grandes capitales se battent pour organiser ses expositions. Ses silhouettes filiformes et tragiques l’ont rendu célèbre dans le monde entier. Sur toile, on s’arrache ses portraits figés, sombres et presque monochromes, sans cesse amendés, effacés et reconstruits.

L’épisode dont s’inspire Stanley Tucci a bien eu lieu : Alberto Giacometti propose à un de ses amis américains, l’élégant écrivain James Lord, de réaliser son portrait. Quelques heures suffiront, promet-il. L’œuvre nécessitera finalement dix-huit séances éreintantes dans la caverne-atelier du maître, rue Hippolyte-Maindron à Paris.

Magnifiquement recréée en studio, avec l’aide de la Fondation Giacometti, sa tanière accueille l’essentiel du film. Un quasi-huis clos impressionnant, dans lequel Geoffrey Rush explose, interprète exceptionnel. L’allure, le geste, la voix… Dès le premier plan, avant même le générique, on comprend qu’il a réussi à se glisser dans la peau de Giacometti. Face à lui, Armie Hammer incarne ce jeune Américain élégant, très propre sur lui, fasciné par l’artiste qui l’a pris pour modèle, qui parfois aussi l’inquiète. La belle expérience se complique. Giacometti peint, efface, repeint et ré-efface… Un cercle infernal. "Attention, ça peut ne jamais s’arrêter", prévient son frère Diego (Rony Shalhoub).
"Alberto Giacometti, the final portrait" © Bodega Films

Aussi bouillant dans ses passions amoureuses que dans sa quête artistique, il vit entouré de femmes. Mari peu attentionné d’Annette (Sylvie Testud), Giacometti est surtout sous le charme d’une prostituée (Clémence Poésy) qu’il aimerait arracher à son souteneur. Dès qu’elle s’éloigne, il s’éteint.

Ce film réussit en une heure et demie à cerner le processus de création d’un immense artiste, perpétuel insatisfait, qui tente toujours d’approcher un peu plus près une perfection qu’il sait impossible.
"Alberto Giacometti, the final portrait". © Bodega Films

LA FICHE

Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Stanley Tucci
Pays : Grande-Bretagne
Acteurs : Geoffrey Rush, Armie Hammer, Tony Shalhoub, Sylvie Testud, Clémence Poésy et James Faulkner
Durée : 1h34
Sortie : 6 juin 2018

Synopsis : Paris, 1964, Alberto Giacometti, un des plus grands maîtres de l'art du XXe siècle, invite son ami, l’écrivain américain James Lord, à poser pour un portrait. Flatté et intrigué, James accepte. Cela ne devait prendre que quelques jours mais c'était sans compter sur le perfectionnisme et l'exigence du processus artistique de Giacometti…