"Romanès" : le petit cirque sur grand écran

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 13/04/2013 à 11H21
"Romanès" de Jacques Deschamps

"Romanès" de Jacques Deschamps

© Agat Films & Cie

Enfant de la grande famille du cirque Bouglione, Alexandre claque la porte, estimant que l’entreprise de spectacle a perdu son âme. Après 20 ans de galères, il croise Délia, Tzigane de Roumanie, lui fait cinq enfants et monte le cirque Romanès. Esprits libres, poètes, nomades définissent Alexandre et Délia. Jacques Deschamps retrace leur parcours.

Documentaire de Jacques Deschamps (France) - 1h15 - Sortie : 10 avril

Synopsis Avant de s’appeler Romanès, Alexandre portait le nom de Bouglione. Un jour, il a claqué la porte du cirque familial. Vingt ans plus tard, il a rencontré "la terrible" Délia, une Tsigane de Roumanie qui parle et chante le romanès. Avec elle, il a eu cinq enfants, dont quatre filles, à qui il a appris l’acrobatie, la contorsion ou à jongler, et il a monté un petit cirque, qu’il a baptisé Romanès, cirque tsigane. Cette famille dirigée par un poète, ce clan de promeneurs acrobates et musiciens tient coûte que coûte à préserver ce qui compte le plus pour eux, le droit d’être nomades et libres. Un combat difficile par les temps qui courent…
"Romanès" : la bande-annonce
Communion
Comme pour les Bouglione, le cirque Romanès est avant tout une histoire de famille. Il y a Alexandre, Délia et leurs enfants, mais aussi d’autres artistes, une troupe de musiciens notamment. Le film s’ouvre sur un baptême qui ancre la naissance sous l’égide du rituel, un attachement aux traditions qui participent du cirque. La piste circulaire surplombée d’une toile de tente est séculaire et a donné son nom au spectacle lui-même. Elle renvoie également à la communauté qui l’anime, unie sous le signe du cercle.

Les images du camp nomade évoquent irrésistiblement l’album de bande-dessinée « Le Petit cirque » du regretté Fred. Tout comme la poésie qui émane de ses habitants et artistes, les pieds sur terre, la tête dans les étoiles. Cette première partie de « Romanès » est filmée au plus près de ses protagonistes avec une sensibilité communicative.
"Romanès" de Jacques Deschamps

"Romanès" de Jacques Deschamps

© Agat Films & Cie
Paradoxe
La suite est plus inattendue puisque l’on suit la troupe à l’exposition internationale de Shanghai, le cirque Romanès faisant partie des exposants de la délégation française. La sensibilité et les rituels de la première partie font place à la joie palpable des artistes à faire découvrir et partager leur art à des spectateurs déconnectés de leurs traditions.  

Le retour en France n’en sera que plus difficile, quand les autorités investissent le cirque tzigane, menaçant de le fermer pour entrave aux lois de l’immigration, en pleine stigmatisations des populations roumaines en France, alors que les artistes sont français et ont même représenté la France à Shanghai. L’incompréhension est totale, réactualisation de la marginalisation de ceux qui ont choisi de vivre autrement. Le malentendu sera finalement réparé, mais pointe du doigt des préjugés persistants.