« Prometheus » de Ridley Scott : vide sidéral mais plein de spectateurs

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 07/06/2012 à 09H47
"Prometheus" de Ridley Scott

"Prometheus" de Ridley Scott

© Twentieth Century Fox France

Après une semaine d’exploitation, « Prometheus » de Ridley Scott est arrivé sans surprise en tête du box-office en France, avec 812.356 entrées, et un dispositif de 665 copies. Des salles combles qui compensent le vide sidéral du film, visuellement très beau, mais qui brille par l’absence d’un scénario digne de ce nom. Sûr d’atteindre le million de spectateurs d’ici la fin de la semaine, un bouche à oreille désastreux pourrait bien l’empêcher d’atteindre les étoiles.

La bande-annonce longue de "Prometheus" :

Le Complexe de « 2001 »
A sa vision, on comprend que « Prometheus » n’a pas été retenu à Cannes, alors que tout le monde l’attendait. On a d’abord évoqué le fait que que Scott ne voulait pas y présenter son film après le mauvais accueil de son « Robin des Bois » en 2010. L’absence du film sur la Croisette relèverait plutôt d’un  scénario abscons, et d’un manque patent de dramaturgie.

Bourré de références lourdes à « 2001, l’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick, en voulant nous donner les origines d’« Alien », et surtout de l’humanité, Ridley Scott se trompe complètement de cible : regret. A croire que le cinéaste, très talentueux par ailleurs, renie le film qui l’a révélé au grand public, et qui l’a rarement quitté depuis.

Premier plan du film : le soleil se lève sur la terre vue de l’espace. C’est quasiment la copie conforme du premier plan de « 2001 ». Ridley Scott est un metteur en scène post-Kubrick, dans son exigence visuelle et son perfectionnisme. Qu’il se mette sous la gouverne de « 2001 » pour son prequel d’« Alien » pourquoi pas ? C’est la suite qui pèche, par ambition. Qu’il ne nous sorte pas qu’en 1968, « 2001 » était apparu comme incompréhensible pour beaucoup, et que le film est depuis reconnu comme un chef-d’œuvre. Nous ne sommes pas dans la même cour.

La bande-annonce de la reprise de "2001, l'Odyssée de l'espace" :

Cinéma Bis
« Alien » est un chef-d’œuvre parce que le film était une série B luxueuse dans la lignée de Star Wars. Comme le film de George Lucas, il puisait dans le vieux fond du cinéma Bis. « Flash Gordon » pour Lucas, « La Planète des vampires » (1965) de Mario Bava et « It ! The Terror from Beyond Space » (1958, Edward L.Cahn) pour « Alien ». La recette était parfaite (dans les deux cas), parce que magnifiée par une mise en images extraordinaire. Pour « Alien » : merci H. R. Giger, le concepteur visuel d’une grande partie du film, qui lui doit (presque) tout.

Scott est un metteur en scène de l’image, mais un piètre dramaturge. Dont acte. Cela ne suffit pas.  « Prometheus » traite des origines de l’humanité, comme « 2001 ». Après un prologue à la « Les Aventuriers de l’Arche perdue », torché en deux minutes - dont on se moque complètement par la suite -, le film se projette dans une mission spatiale surpeuplée, dont on se moque aussi complètement par la suite, sans enjeu, tant les personnages manquent d’épaisseur. Qui sait qui est qui dans ce machin ?

La bande-annonce courte de "Prometheus" :

Vacuité, tout est vacuité
Scott prend soin d’indiquer que nous ne sommes pas dans « Alien » et qu’il faut voir le film sans penser à celui de 1979. Il s’en éloigne par l’absence du xénomorphe (la bête), qui n’apparaît qu’à la fin sous une forme légèrement différente, et son  œuf originel est remplacé par des sortes d’ogives. C’est tout de même se moquer du monde que de demander au public de ne pas penser à « Alien », alors que le film y renvoie ouvertement, par nombre d’éléments.

Les références à « 2001 », pleuvent, comme celles à « Alien » (of course), à Lovecraft (comme dans « Alien »),  mais il ne faut surtout pas y penser. Scott recycle même des éléments conçus pour le premier film, mais finalement abandonnés, comme l’étrange pyramide de « Prometheus ». De quoi s’y perdre, et dans l’espace de la salle de cinéma, personne ne vous entend crier.

Mais où est le scénario dans ce fatras qui enfile les séquences sans lien ? Joli, oui, spectaculaire aussi, avec tout de même une grosse perte de rythme au milieu du film, où l’on s’ennuie ferme : le huitième passager que l’on ne verra jamais est le scénario, à défaut de scénariste. Quand l’on voit que le script a été signé à trois, dont Scott, mais que les autres sont les signataires des décevants « Cowboys & envahisseurs » et de « The Darkest Hour », on comprend mieux. Prétentieux et Vain.  Beau clip de plus de 2 heures cependant.