"Omar", un thriller ancré dans la réalité palestinienne

Par @valerieoddos
Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 13/10/2013 à 09H45, publié le 11/10/2013 à 12H02
Omar (Adam Bakri) et Nadia (Leem Lubany), dans "Omar", de Hany Abu-Assad

Omar (Adam Bakri) et Nadia (Leem Lubany), dans "Omar", de Hany Abu-Assad

© Pretty Pictures

Huit ans après "Paradise Now", Hany Abu-Assad est retourné tourner en Palestine. Avec "Omar", un thriller sur fond d’occupation qui vire au drame, il confirme qu’il est un grand réalisateur. Images superbes, jeunes acteurs convaincants, poursuites haletantes, c’est une réussite.

De Hany Abu-Assad (Palestine), avec : Adam Bakri, Waleed F. Zuaiter, Leem Lubany, Samer Bisharat, Eyad Hourani – 1h37 – sortie le 16 octobre 2013
 
Synopsis : Tous les jours, Omar franchit le "mur" pour rejoindre ses deux amis d’enfance, Tarek et Amjad, et Nadia, la sœur de Tarek dont il est amoureux. Les trois jeunes garçons montent une cellule de résistance. Ils s’entraînent et, une nuit, ils passent à l’action, tuant un soldat israélien. Arrêté par l’armée, Omar résiste à la torture mais quand un agent lui propose de le libérer en échange d’informations, il accepte, pensant qu’il va arriver à berner les services israéliens.
 

La bande-annonce d'"Omar", de Hany Abu-Assad

 
Un thriller autour du "mur"
Dès la première image, le mur érigé par Israël en Cisjordanie, qui sépare les Palestiniens des deux côtés, s’impose comme un personnage à part entière et campe le décor. Omar le franchit en s’aidant d’une corde à nœuds pour aller voir ses copains. Hany Abu Assad a voulu faire un film 100% palestinien, avec de (très) jeunes acteurs dont c’était, pour la plupart, le premier tournage.
 
Le film est ancré dans la réalité palestinienne, témoin cette scène où des soldats imposent à Omar de se tenir debout sur une pierre, les mains sur la tête, pendant qu’ils rigolent. Mais il s’agit bien d’une fiction, même si elle se veut "vraisemblable". Le lieu n’est pas précisé. D’ailleurs la production a été tournée dans plusieurs villes (Naplouse, Nazareth et Bisan).
 
Dès la première scène, Omar est repéré par des soldats et doit éviter les balles dans une course poursuite digne des meilleurs thrillers. S’il veut donner une voix aux Palestiniens, le réalisateur veut aussi mettre "en scène des personnages dont les motivations sont intemporelles et universelles".
 

Omar, au pied du mur

Omar, au pied du mur

© Pretty Pictures

 
Un film sur la confiance
"Le thème principal du film est la confiance, son importance dans les relations humaines et sa versatilité", dit le réalisateur.
 
Quand il est arrêté, Omar, jeune boulanger à la tête d’ange, se fait démolir par les services israéliens, mais refuse de dire qui a tué le soldat. Incarcéré, il est confronté à un univers où tout le monde se méfie de tout le monde. Il s’aperçoit que l’armée sait tout sur lui. Et quand l’agent Rami lui demande de collaborer, il croit naïvement qu’il va pouvoir rentrer chez lui et s’en sortir.
 
Libéré, il retrouve ses copains mais il sait que l’un d’entre eux a trahi. C’est lui, rapidement, qui est soupçonné d’être un traître : il a été libéré trop vite. Et le doute gagne tout son entourage, y compris Nadia, la fille qu’il veut épouser. Une vieille amitié et un jeune amour vont être remis en question. Et le thriller vire au drame.
 
Le comédien palestino-américain Waleed F.Zuateir, seul acteur de cinéma expérimenté, est excellent en agent retors. Et Adam Bakri habite littéralement le personnage d’Omar. 
 
Avec "Paradise Now", Hany Abu-Assad, qui mettait en scène deux jeunes de Naplouse chargés de faire un attentat suicide en Israël, signait un film subtil sur la réalité palestinienne qui lui avait valu une nomination aux Oscars (meilleur film étranger). Avec "Omar", le réalisateur palestino-néerlandais, né à Nazareth, s’approche de l’universel en explorant les sentiments humains. Une réussite. Le film a reçu le prix du jury de la sélection Un certain regard à Cannes et a été nominé pour les prochains Oscars, dans la catégorie meilleur film étranger.