"Nymphomaniac - Volume 2" : Lars von Trier insatiable

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 30/01/2014 à 15H08, publié le 28/01/2014 à 13H40
"Nymphomaniac - volume 1" de Lars von Trier

"Nymphomaniac - volume 1" de Lars von Trier

© Christian Geisnaes

Lars von Trier persiste et signe avec le deuxième volet de son diptyque « Nymphomaniac », aujourd’hui dans une version édulcorée de 4h00, avant une sortie exhaustive de 5h30, encore non programmée. Plus difficile que le premier pan, interdit au moins de 12 ans, cette deuxième partie est interdite au moins de 16 ans.

De Lars von TRier (Danemark), avec : Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård, Stacy Martin, Shia LaBeouf , Christian Slater, Jamie Bell, Uma Thurman, Willem Dafoe - 2h04 - Sortie : 29 janvier 2014

Synopsis : Deuxième volet de la folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est autodiagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.
"Nymphomaniac - Volume 2" : extrait

Amoral
« Nymphomaniac – volume 1 » surprenait par son humour constant. Le « volume 2 » prend un ton nettement plus dramatique, voire désespéré, touchant plus à la philosophie et à la religion que précédemment, même si des notes d’humour persistent. Comme souvent chez le cinéaste danois, des images frappantes introduisent son film. C’est ici un orgasme spontané de Joe à 12 ans, au milieu des champs, qui la fait léviter et avoir une vision de la « putain de Babylone », issue de l’Apocalypse de Saint-Jean, et de Messaline (25 ap. JC – 48 ap. JC), troisième épouse scandaleuse de l’empereur Claude.         

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S’engage dès lors un discours théologique autour de l’Eglise d’Occident, décrite comme Eglise de la souffrance, et l’Eglise d’Orient, définie comme Eglise de la joie. Ces opposés vont se retrouver en Joe (Charlotte Gainsbourg) qui va faire l’expérience de la jouissance à travers la souffrance. Ce sadomasochisme teinté de bondage auquel s’adonne Joe va l’entraîner sur une pente rugueuse qui ira jusqu’à lui faire perdre la garde de son fils, placé par son père biologique dans un foyer. Un mal pour un bien, un bien pour un mal, « Nymphomaniac » ne cesse de confronter les opposés pour mieux démontrer la relativité des réalités, non pas avec immoralité, mais amoralité, cette dernière devenant quasiment une valeur éthique chez le cinéaste.

Charlotte Gainsbourg dans "Nymphomaniac - Volume 2" de Lars von Trier

Charlotte Gainsbourg dans "Nymphomaniac - Volume 2" de Lars von Trier

© Christian Geisnaes

Autocensure
On retrouve bien là l’ambigüité qui alimente le fond de commerce du Danois, qu’il pose souvent avec acuité, pour pointer les bonnes questions, ses soient-disant « provocations » étant bien souvent mal interprétées. Ainsi, le confident de Joe, Seligman (Stellan Skarsgard), lui souligne que son comportement ne serait pas interprété de la même façon, si elle était un homme. Ainsi parlera-t-on de nymphomanie, une pathologie psychiatrique, pour une femme, et d’addiction au sexe pour un homme, une déviance (voire « Shame » de Steve McQueen). Joe va toutefois s’émanciper de ce qui devient de plus en plus une contrainte, en initiant une jeune fille. Curieux retournement de situation qui participe encore de l’ambigüité du film.

Cinéaste sans concession qui a mis le sexe et la morale au cœur de sa quête cinématographique, le Danois réussit son pari osé et courageux de poser une équation inédite à l’écran, voire un tabou, sans jamais tomber dans le scabreux, tout en étant explicite. Une crudité qui à poussé von Trier à s’autocensurer en accord avec la maison de production Zentropa, dans laquelle il a des parts, pour sortir dans un premier temps une version édulcorée de 4 heures, avant une version « director cut » de 5h30. Les coupes sont différentes selon le niveau de censure des pays, le cinéaste étant soucieux de pouvoir voir son film distribué en salles et à la télévision. Aussi, ne renie-t-il pas la seule version disponible pour le moment, la longue n’étant pas encore finalisée.  Sans doute la sera-t-elle pour le prochain Festival de Berlin, et selon les vœux de la distributrice en France, Régine Vial, pourquoi pas à Cannes ?