"Noé" : Russell Crowe dans un récit biblique de fantasy signé Darren Aronofsky

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 09/04/2014 à 11H29, publié le 03/04/2014 à 18H05
Russel Crowe et Logan Lorman devant l'arche dans "Noé" de darren Aronofsky

Russel Crowe et Logan Lorman devant l'arche dans "Noé" de darren Aronofsky

© Paramount Pictures France

La nouvelle que Darren Aronofsky, le réalisateur de "Requiem for a Dream" et de "Black Swan", était à l'origine et allait tourner l'adaptation du célèbre épisode de la Genèse du Déluge, avait étonné plus d'un. C'était oublier qu'il avait également signé "La Fontaine", pétri de mysticisme. Avec un Russell Crowe dans un nouveau rôle épique, "Noé" ne l'est pas moins, mais entre deux eaux..

De Darren Aronofsky (Etats-Unis), avec : avec Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson, Douglas Booth, Logan Lerman, Ray Winstone, Anthony Hopkins, Nick Nolte - 2h18 - Sortie : 9 avril 2014

Synopsis Noé est fls de Mathusalem. Ils descendent de la lignée d'Abel, assassiné par son frère Cain. Depuis ce fratricide originel, les descendants du tueur ne cessent de persécuter la lignée d'Abel contrainte à se cacher dans les zones les plus reculées. Noé se révèle un prophète auquel Dieu averti de l'imminence d'un déluge apcalyptique, pour rayer de la terre l'homme qui a perverti sa création, mais pas les animaux. Il lui ordonne de construire une arche pour sauver un couple de chaque espèce animale, afin de recommencer la création à zéro. C'est sans compter sur le dernier descendant de Cain qui, à la tête d'une puissante armée, veut s'approprier l'arche...
"Noé" : la bande-annonce
Heroic fantasy
Dans la Bible, "Le Déluge", deuxième partie de la Genèse,  rassemble sept sous-chapitres, c’est-à-dire très peu par rapport à la somme du Livre. Il n’en reste pas moins fondamental, puisque Yahvé y détruit Sa Création, tout en préservant Noé, son messager sur terre, sa femme, ses trois enfants et leurs femmes. Darren Aronofsky garde les grandes lignes, mais adjoint plus d’un point pour être conforme à Hollywood. Pourquoi pas ? L’adaptation, Bible ou pas,  prend toujours ses distances par rapport à l’original. Cela ne serait pas la première fois.

Cette distanciation s’effectue d’abord par rapport au style. Celui-ci ne s’effectue pas d’abord au texte, mais au style. Si Aronofsky se réfère à la création du monde tel que décrit dans la Bible, en se montrant au passage "dangereusement" créationniste, il créé un univers visuel en rupture avec la traditionnelle vision "antique" du récit biblique. Son univers rappelle furieusement un monde post-apocalyptique, proche de "La Route" (2009) de John Hilcoat : paysages désertiques, costumes et images grises…  Il ajoute au récit bibliques "Les Veilleurs", des anges déchus, transformés en géants de pierre, qui prendront parti pour Noé, et une rivalité avec le descendant de Cain qui, jusqu’à la fin tentera de conquérir l’arche. Aronofsky fait donc totalement basculer le récit biblique dans celui de l’heroic fantasy.
Jennifer Connely et Russel Crowe dans "Noé" de Darren Aronofsky

Jennifer Connely et Russel Crowe dans "Noé" de Darren Aronofsky

© Paramount Pictures France

Blockbuster dark
En respectant les distances de "Noé" avec le texte biblique, il vaut mieux savoir qu’Aronovsky a développé les rapports avec son épouse, totalement absent de la Bible, ainsi que ceux avec son fils cadet, sans femme, alors que dans le texte originel, ses trois fils sont pourvus d’épouses. Ce qui entraîne une longue digression dramatique et narrative sur ce point dans le film. Ce pourquoi il est sans doute si long. Tout comme le sont les relations avec sa femme (Jennifer Connely), dans une transcription très hollywoodienne.

Déluge oblige, le récit est sombre, tant dans les rapports entre les personnages que la photographie : lumière grise, terre grise, costumes gris, pluie, ciel bouché… Si "Noé" est un blockbuster, il ne fait pas dans le solaire. Rusell Crowe permet pour beaucoup de faire échapper le film du fiasco, par sa présence charismatique, tout à fait en phase avec le rôle. Le choix d’Aronofsky de tirer le récit biblique vers la fantasy est aussi un atout, surtout sous cette forme originale. Mais dans ce cas, l’on aurait aimé un peu plus de cruauté, comme lors de cet épisode cannibale, seulement suggéré, ou dans l’élimination des "Veilleurs" explosés comme des Transformers… Verre à demi-plein ou à demi vide, "Noé" laisse expectatif comme Yahvé devant sa création.

Reportage : N.Hayter, S.Guibout, F.Clarke, E.Noiret

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