"Nico, 1988" : évocation en demi-teinte d'une égérie rock sur le déclin

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 17/04/2018 à 17H39, publié le 17/04/2018 à 16H08
Trine Dyrholm dans "Nico, 1988" de Susanna Nicchiarelli

Trine Dyrholm dans "Nico, 1988" de Susanna Nicchiarelli

© Emanuela Scarpa

A l’heure des biopics à tout va, Susanna Nicchiarelli a choisi de faire revivre Nico, égérie d’Andy Wharol et de Lou Reed, lors de sa dernière tournée en Europe (1988) qui a précédé sa mort accidentelle d’une chute de vélo. Alors que l’on s’attendrait à l’évocation spectaculaire de sa gloire, le film choisit un portrait de femme sur le déclin. Une approche pleine d’humanité, mais un peu vaine.

La note Culturebox

2
2/5

Rock mélancolique

Pour la génération des années 60-70, Nico est une figure majeure. Comme top model devenue une icône rock, avec sa participation au premier album (1967) du Velvet Underground. C’est Andy Warhol (titre de l’album à son nom dont il a signé la pochette) qui a imposé "And Nico" après le nom du groupe. Les quatre titres où elle chante de sa douce voix suave, notamment "Sunday Morning", figurent au panthéon d’un rock mélancolique antinomique des années Flower power.
"Nico, 1988" : la bande annonce
Nico, ou plutôt de son vrai nom Christa Päffgen, n’a eu de cesses depuis d’effacer cette image. Elle entreprend une carrière solo forte de six albums, auxquels participent Bob Dylan, John Cale, Brian Eno ou Kevin Ayers, sans pour autant remporter l'audience attendue. "Nico, 1988" la prend lors de sa dernière année de vie, toujours en tournée en Europe, avec un groupe qu’elle dit composé de "junkies", elle-même héroïno(wo)man depuis les années 70. Investie dans son art, mais sans grande écoute, on la ramène constamment à ses années de gloire, qu’elle rejette. Son drame.

Contre-pied

Considérée comme l’une des plus belles femmes du monde des années 60, devenue une icône, Nico est une figure autodestructrice majeure du XXe siècle. Susanna Nicchiarelli, qui signe avec "Nico, 1988" son premier film, la prend au moment ultime qui condense toute sa dimension d’artiste et de femme indépendante. Ce pourquoi elle entremêle constamment l’histoire de cette dernière tournée européenne et ses relations avec son fils Ari, qui serait d’Alain Delon, qui a toujours refusé de le reconnaitre. Autre drame.
Trine Dyrholm dans "Nico, 1988" de Susanna Nicchiarelli

Trine Dyrholm dans "Nico, 1988" de Susanna Nicchiarelli

© Emanuela Scarpa
Le contre-pied de la réalisatrice Susanna Nicchiarelli est intéressant en soi, en prenant le sujet "Nico" par sa fin et non sa gloire "warholienne". Mais à la vue du film, le sujet s’avère pauvre. Cette fin de vie vaut-elle le coup d’être racontée ? Elle ressemble à beaucoup d’autres, hormis le contexte de la tournée, par ailleurs très bien reconstituée, mais sans grand ressort dramatique. Une partie de la critique, la reconnaissance à la Mostra de Venise (Prix Horizon) ou au Festival du cinéma européen des Arcs (Grand prix du jury), semble davantage récompenser un sujet qu’un traitement. Ce qui rejoint un peu le destin de Nico, partie de très haut pour mourir d’une chute de vélo.
"Nico, 1988" : l'affiche

"Nico, 1988" : l'affiche

© Kinovista / New Story

LA FICHE

Genre : Drame / Biopic
Réalisateur : Susanna Nicchiarelli 
Pays : Italie / Belgique
Acteurs :  Trine Dyrholm, John Gordon Sinclair, Anamaria Marinca, Sandor Funtek, Thomas Trabacchi
Durée : 1h33
Sortie : 18 avril 2018

Synopsis : Entre Paris, Prague, Nuremberg, Manchester, la campagne polonaise et le littoral romain, "Nico 1988" est un road movie dédié aux dernières années de Christa Päffgen, plus connue sous le nom de "Nico". La dernière tournée d'une artiste rock qui fut une égérie de la fin des années 60, qui a rejeté son image, muse d'Andy Warhol et de Lou Reed, qui voulait seulement être femme et artiste.