"Moi, Tonya", l'histoire d'un dérapage sur glace

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/02/2018 à 15H38, publié le 21/02/2018 à 15H25
Margot Robbie dans "Moi, Tonya" de Craig Gillespie

Margot Robbie dans "Moi, Tonya" de Craig Gillespie

© Mars Films

Une histoire très américaine, dans le milieu du sport - qui plus est du patinage artistique : en apparence rien de particulièrement attrayant pour faire un film à partir d’une histoire vieille de 24 ans. Sauf que "Moi Tonya" est presque un polar, et que le prisme du biopic, donne toute sa chair à une aventure que l’on avait perçue beaucoup plus froidement à travers l’actualité d’un fait divers.

La note Culturebox

4
4/5

Récit authentique

L’histoire avait tellement défrayé la chronique au milieu des années 90, qu’elle avait fini, au fil du temps, par être totalement déformée, au point d’entendre dire que la patineuse Tonya Harding avait "poignardé sa rivale" Nancy Kerrigan. Le réalisateur Australien Craig Gillespie a ce premier mérite de nous replonger plus "sereinement" dans un récit authentique, utilisant la formule du biopic pour narrer avec rigueur et humour cette histoire à mi-chemin entre l’exploit sportif et le fait-divers. 

Avant de devenir la championne du triple axel (une triple rotation sur soi-même et en l’air après s’être élancé, figure que peu de patineuses au monde savent réaliser), Tonya Harding a passé 23 ans sous le joug d’une mère tyrannique et castratrice devenue son coach dès ses premiers pas de patinage à 3 ans, et dont les seuls encouragements dispensés à sa fille se résumaient à des insultes et des paires de claque. Lavona, cette mère indigne, est savoureusement interprétée par une Allison Janney métamorphosée en harpie, qui donne un éclairage sur le parcours chaotique de la jeune championne qu’elle a façonnée, jusque dans la rugosité et la violence des rapports humains.

Reportage France 2 

Pieds nickelés

Pour autant, le réalisateur Craig Gillespie ne fait pas de Tonya Harding (Margot Robbie) une victime absolue de sa propre histoire. Il s’attache à dépeindre une Amérique profonde, celle de l’Oregon où a grandi Tonya. Son entourage est à l’avenant : un mari Jeff (Sebastian Stan) qui la bat, et lui impose ses fréquentations pour le moins hasardeuses. C’est d’ailleurs cette équipe de pieds nickelés, Jeff et ses amis devenus hommes de main, qui organisera l’agression contre Nancy Kerrigan (plus ou moins à l’insu de Tonya Harding, les faits restent flous dans l’absolu) au début de l’année 1994, juste avant les Jeux Olympiques de Lillehammer en Norvège.
Sebastian Stan et Margot Robbie dans "Moi, Tonya" de Craig Gillespie

Sebastian Stan et Margot Robbie dans "Moi, Tonya" de Craig Gillespie

© Mars Films
Parfois il prend judicieusement le spectateur à témoin, comme dans cette énième scène de ménage où Tonya finit par tirer un coup de fusil en direction de son mari Jeff, avant de s’adresser à la caméra pour dire "je n’ai jamais fait ça". On ne sait alors si le cinéaste tente de dissiper de fausses rumeurs sur la vie de Tonya, ou s’il use de cet artifice pour en rajouter dans l’inextricable vérité sur l’affaire Harding et sur la genèse d’une personnalité. Mais l’effet est plutôt réussi. 

Pugnace et fragile

Craig Gillespie en exergue de son film prend soin de préciser que le récit s’appuie sur les différentes versions des personnes impliquées, car cette aventure de bras cassés est aussi un panier de crabes lorsqu’il s’agit du procès de l’agression, au cours duquel chacun rejette la faute sur l’autre. Il parvient à manier l’humour, au cœur de cette enfance tragique, puis de cette adolescence chahutée et enfin de cette vie de femme et de championne malmenée, presque sans grand mérite. Les personnages qui entourent Tonya sont à la fois si pathétiques dans la réalité, et si justement interprétés, qu’ils donnent l’illusion d’une identification pure et simple, grâce à une direction d’acteurs maîtrisée et une réalisation fluide.
Margot Robbie dans "Moi, Tonya" de Craig Gillespie

Margot Robbie dans "Moi, Tonya" de Craig Gillespie

© Mars Films
Le film suit la longue descente aux enfers de Tonya, qui déjà championne et en pleine ascension vers la gloire - une chance de médaille aux JO -, se trouve fauchée par cette affaire d’agression contre sa rivale, presque au pied du podium. Margot Robbie ("Le Loup de Wall Street"), entre pugnacité et extrême fragilité, donne tous les accents de vérité nécessaires à Tonya. Elle a plusieurs fois été nommée en vue de différentes récompenses depuis la sortie du film début janvier aux Etats-Unis. Quant à Allison Janney elle a déjà raflé trois récompenses.

Vingt-quatre ans après cette sordide histoire, cette relecture avec brio par Craig Gillespie et ses comédiens la rend soudain très contemporaine. La vraie Tonya Harding, elle, radiée du patinage après son procès en 1994, est devenue boxeuse. Après toute une vie de coups, elle a peut être décidé d’en rendre quelques-uns
"Moi Tonya" : une des affiches françaises

"Moi Tonya" : une des affiches françaises

© Mars Films

LA FICHE

Genre : comédie dramatique / biopic
Réalisateur : Craig Gillespie
Pays : Etats-Unis
Acteurs : Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Julianne Nicholson, Paul Walter Hauser
Durée : 2h01
Sortie : 21 février 2018

Synopsis : Au début des années 90, Tonya Harding a régné comme personne sur le monde du patinage artistique. En 1994, elle fait les gros titres pour une toute autre raison, lorsque le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise a un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…