"Mektoub My Love : Canto Uno" : la séduction selon Abdellatif Kechiche

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 20/03/2018 à 10H52, publié le 20/03/2018 à 10H05
Alexia Chardard, Lou Luttiau, Shaïn Boumedine, Salim Kechiouche dans "Mektoub My Love : Canto Uno" d'Abdellatif Kechiche

Alexia Chardard, Lou Luttiau, Shaïn Boumedine, Salim Kechiouche dans "Mektoub My Love : Canto Uno" d'Abdellatif Kechiche

© Pathé Distribution

Après le triomphe et la Palme d’or des amours saphiques de "La Vie d’Adèle" en 2013, Abdellatif Kechiche explore les jeux de la séduction entre hommes et femmes de la petite trentaine, dans une ambiance vacancière. Le réalisateur aime jouer sur la longueur dans tous ses films. S’il a souvent convaincu dans l’exercice, il tire ici un peu sur la corde même s’il réussit encore de belles choses.

La note Culturebox

3
3/5

Actif et passif

Librement adapté de "La Blessure, la vraie" de François Bégaudeau, "Mektoub My Love : Canto Uno" relate les retrouvailles de deux cousins d’origine tunisienne à Sète. Tony (Salim Kechiouche), dragueur impénitent, gère quatre restaurants, Amin (Shaïn Boumedine), plus introverti, est photographe et apprenti scénariste. Ils rencontrent deux jeunes femmes en vacances avec lesquelles ils vont avoir une relation suivie en les introduisant auprès des leurs.
"Mektoub My Love - Canto One" : la bande annonce
Tout le monde est beau dans "Mektoub My Love" et l’on peut compter sur Abdellatif Kechiche pour filmer avec sensualité les corps. Dès l’ouverture, dans une scène de lit observée par un voyeur. Amin regarde Tony avec sa maîtresse et son rôle sera jusqu’à la fin celui d’un observateur. Il endosse un peu celui du réalisateur qui observe ses protagonistes. Ce n’est pas pour rien qu’Amin est photographe. Tony est un actif et Amin un passif. Mais la fin lui offrira une ouverture vers ce que l'on devine être la possibilité d'un passage à l'acte. En cela, "Mektoub My Love" a une dimension initiatique.
"Mektoub My Love - Canto One" d'Abdellatif Kechiche

"Mektoub My Love - Canto One" d'Abdellatif Kechiche

© Pathé Distribution

Style

Ce qui étonne le plus chez Abdellatif Kechiche et suscite l'admiration, c’est sa direction d’acteurs. Grâce à laquelle il peut étirer ses longues scènes tels des plans séquences, alors qu’elles sont très découpées. Si elles semblent improvisées, elles sont sans doute très écrites, comme chez Pialat. Ce talent unique est la marque d’une grande valeur dramaturgique et cinématographique, d’un style.

Mais si cette qualité faisait passer "La Vie d’Adèle" comme une lettre à la Poste, les 2h55 de "Mektoub My Love" sont parfois un peu longuettes. Notamment lors de l’antépénultième scène de discothèque, interminable, ou le regroupement d’un troupeau de chèvres, voire d’autres scènes qui frôlent la complaisance. Ce nouveau film d'Abdellatif Kechiche vaut pour sa dimension solaire et cet art de traduire deux séductions opposées, deux modes d'expression du désir. Ce sujet constitue le coeur de "Mektoub My Love", alors qu’il est souvent exposé, ailleurs, d'un seul point de vue. Une valeur plurielle qui demeure une des subtilités constantes du cinéma d’Abdellatif Kechiche.
Salim Kechiouche et Ophélie Bau dans "Mektoub My Love :  Canto Uno" d' Abdellatif Kechiche

Salim Kechiouche et Ophélie Bau dans "Mektoub My Love :  Canto Uno" d' Abdellatif Kechiche

© Pathé Distribution

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Abdellatif Kechiche
Pays : France
Acteurs :  Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau, Alexia Chardard, Hafzia Herzi, Delinda Kechiche, Kamel Saadi
Durée : ​2h55
Sortie : 21 mars 2018

Synopsis : Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin - le mektoub - peut décider.