"Marvin ou la belle éducation" : famille, je vous hais

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/11/2017 à 10H42, publié le 21/11/2017 à 10H08
Jules Porier dans "Marvin"

Jules Porier dans "Marvin"

© Carole Bethuel

"Garçon différent" dans un village des Vosges, Marvin connaît une enfance qu'on ne souhaite à personne. Une famille catastrophique, une scolarité passée à essayer d'éviter les brimades… Unique solution, s'échapper et se choisir une autre vie. Quitte à régler ses comptes le jour venu.

La note Culturebox

3
3/5
D'abord, tenter de répondre à LA question : Marvin est-il Eddy ? Le film d'Anne Fontaine est-il l'adaptation du livre d'Edouard Louis, "Pour en finir avec Eddy Bellegueule", gros succès de librairie en 2014, un choc pour tous ceux qui l'ont eu entre les mains. Non. Enfin, pas tout à fait. Bon, c'est presque oui, mais, comme on dit sur Facebook, "c'est compliqué".

Reportage : N.Hayter, S.Gorny, M.Savineau, P.Crapoulet, S.Lacombe

https://videos.francetv.fr/video/NI_1125357@Culture

"Marvin ou la belle éducation" devait être initialement une déclinaison cinématographique du livre, Anne Fontaine et ses producteurs en avaient acheté les droits. Et puis, la réalisatrice et l'écrivain ont fini par considérer que leurs points de vue s'éloignaient trop pour co-signer l'œuvre en gestation. Edouard Louis a pris ses distances avec le projet, expliquant laconiquement sur Twitter n'avoir "rien à voir avec le film d'Anne Fontaine".
Reste le film, qui demeure très proche du récit, de l'ambiance et de la couleur du livre. Même si l'histoire picarde a été délocalisée dans les Vosges, on a vraiment le sentiment de vivre le destin de Marvin Bellegueule.
Grégory Gadebois et Jules Porier dans "Marvin" © Carole Bethuel
Ceci posé, Anne Fontaine a-t-elle réussi sa non-adaptation-mais-un-peu-quand-même ? Oui, globalement, le film est réussi. Et provoque d'ailleurs des sentiments très voisins de ceux nés lors de la lecture du livre.

Pas de préliminaires, le début est cash, brutal. Visage d'ange, Marvin (épatant Jules Porier) vit l'enfer au quotidien. Souffre-douleur à l'école, humilié, torturé. Dans la cour du collège, une belle collection de jeunes porcs à balancer. A la maison, ce n'est guère mieux. La délicatesse du gamin ne passe pas dans ce monde de brutes. "Mais pourquoi qu'il fait des manières" s'inquiète son père en finissant sa bouteille d'anisette. Sa mère lui raconte sa naissance dans les toilettes. Son frère cherche à l'assommer.

Comme dans le bouquin, le sentiment que c'est presque trop affleure. Pas une once d'espoir. Affreux, sales et méchants. Alcooliques, tire-au-flanc, racistes et homophobes. Edouard Louis ne retenait pas ses coups, Anne Fontaine lui emboîte le pas même si elle le sentiment de leur avoir donné un peu d'humanité, "de ne pas coller ses personnages à terre et les épingler comme des papillons".

Et puis, comme Eddy, Marvin va rencontrer ceux qui lui montreront la voie pour échapper à cette vie si sombre. Une principale de collège. Un metteur en scène. Et quelques autres qui vont l'aider à déployer ses ailes, à écrire et à créer. Et à régler ses comptes par écrit, lorsque le succès sera au rendez-vous.
Isabelle Huppert et Finnegan Oldfield dans "Marvin" © Carole Bethuel
Le deuxième Marvin, jeune adulte, est aussi convaincant que le premier. Taiseux, inquiet mais aussi capable de poser les mots justes sur son quotidien, Finnegan Oldfield apporte de la chair et du mystère. Rarement, deux comédiens auront si bien établi la connexion entre les deux vies d'un même personnage. Le film profite aussi de la présence de seconds rôles très travaillés, incarnés par des comédiens de qualité : Vincent Macaigne, Catherine Mouchet, Charles Berling et même Isabelle Huppert, venue "parrainer" la carrière de Marvin.

La fiche

"Marvin ou la belle éducation" Drame français d'Anne Fontaine – Avec Finnegan Oldfield, Jules Porier, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne, Catherine Salée, Catherine Mouchet, Isabelle Huppert et Charles Berling – Durée : 1h53 – sortie : 22 novembre 2017
Synopsis : Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l'intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l'exposait tout ce qui faisait de lui un garçon "différent". Envers et contre tout, il s'est quand même trouvé des alliés. D'abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l'encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.