Dans "Le pont des espions", Spielberg fait vibrer avec élégance sa fibre patriotique

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/11/2015 à 17H38, publié le 28/11/2015 à 12H25
Alan Alda, Tom Hanks et Amy Rian dans "Le pont des espions"

Alan Alda, Tom Hanks et Amy Rian dans "Le pont des espions"

© 2015 Twentieth Century Fox

Avec "Le pont des espions", Steven Spielberg poursuit sa réflexion sur l'engagement dans un long métrage qui est bien plus qu'un film d'espionnage. Fort, sobre, élégant mais parfois à la lisière du conventionnel.

La note Culturebox

4
4/5
Steven Spielberg et Tom Hanks dévoilent "Le Pont des Espions"

https://videos.francetv.fr/video/NI_568932@Culture


Le mash-up idéal. Non mais vous vous imaginez ? Un film réalisé par Steven Spielberg, écrit par les frères Coen avec Tom Hanks devant la caméra. C'est un peu comme si Aaron Sorkin avait écrit pour Scorsese avec DiCaprio en héros. Sauf qu'en fait et désormais, ce premier film existe. Il s'appelle "Le pont des espions" et c'est en réalité bien plus qu'un film d'espionnage. Spielberg poursuit plutôt une sorte de travail sur l'engagement et sur l'identité américaine dans la veine de son dernier long métrage, "Lincoln". Mais on le sait, les grandes rencontres de cinéma n'ont pas toujours accouché d'œuvre à la hauteur. Qu'on se rassure. Cette fois, ce n'est pas le cas.
 
1957. La guerre froide fait rage. James B. Donovan (Tom Hanks), un avocat new-yorkais, se retrouve contraint de défendre un espion soviétique capturé aux États-Unis, Rudolf Abel (Mark Rylance). Donovan, ce bon père de famille droit dans ses principes, le défendra si brillamment et courageusement qu'il sera haï par ses concitoyens. Et c'est lui que la CIA viendra chercher secrètement pour négocier la libération de deux américains, un pilote de chasse capturé en Russie et un jeune étudiant en économie en Allemagne de l'Est.
Tom Hanks dans "Le pont des espions"

Tom Hanks dans "Le pont des espions"

© 2015 Twentieth Century Fox

Le burlesque à froid des frères Coen

Une histoire qui laisse à l'immense réalisateur tout loisir de faire vibrer sa fibre patriotique en ne manquant pas de développer une réflexion pleine d'humanité sur son Amérique contemporaine. "Nous sommes tous les deux des descendants d'immigrés" rappelle un Donovan tout en verve à un agent de la CIA. Il y a indéniablement la patte des frères Coen dans ces dialogues parfois à la lisière du cynisme.
 
Comme lorsque Rudolf Abel répond implacablement et invariablement "Est-ce que ça aiderait ?", chaque fois que Donovan lui demande s'il n'est pas inquiet. Ou quand, lors de son arrestation, l'espion russe, affublé d'une culotte grisâtre informe n'a nul autre préoccupation que de mettre son dentier. Cet absurde, ce burlesque à froid et un peu trash qui ont fait leur renommée sont omniprésents, sans être étouffants. Ils permettent de voir différemment le cinéma de Spielberg, sans le métamorphoser.

Car même si depuis "Lincoln", Spielberg semble bien décidé à poursuivre un cinéma plus intimiste que monumental, puisqu'on attend toujours son fameux "Robocalypse" ou son "Indiana Jones 5" de moins en moins probable, son génie est encore bien là. Sobre et élégant. On le retrouve dès la scène d'ouverture. Un sublime plan en travelling arrière qui dévoile un homme aux trois visages. Le sien, celui du miroir qui le renvoie et celui de l'autoportrait qu'il est en train de peindre. Habile métaphore de cet espion déchiré entre ce qu'il est, le pays auquel il appartient et celui dans lequel il vit désormais.
 
Ici, la virtuosité du réalisateur se traduit pudiquement. Comme lors de cette magistrale séquence de filature sans bande son, ni dialogue mais avec un talent rare pour le découpage. Et tout ça dans un Brooklyn des années 50 reconstitué avec un réalisme troublant.

Fantastique family man

Mais justement et c'est l'un des gros bémol du film, cette atmosphère années 50 déteint un peu sur le réalisateur. Une cinégénie élégante qui frôle parfois le conventionnel. Surtout avec ce cliché très hollywoodien du bon père de famille, héros à ses heures perdues, devant lequel ses enfants et sa femme tombent littéralement en pâmoison. Un fantastique family man pour un thriller à hauteur d'homme. Cette figure du monsieur Tout-le-Monde, procédé très hitchcockien, dont Spielberg s'est fait le passeur.
Amy Ryan et Tom Hanks dans "Le pont des espions" © 2015 Twentieth Century Fox
Un film surtout sur l'éloquence. Dans le cinéma de Spielberg, les héros ne sont pas des brutes, mais bien des êtres tout ce qu'il y a de plus commun se servant de leur esprit pour franchir les obstacles. Ne sont-ce pas les personnages les moins cruels dans "Les dents de la mer" qui survivent ? Et "Indiana Jones" n'est-il pas surtout et avant tout un talentueux professeur en archéologie ? Une fois encore, et même si on aurait préféré des joutes verbales et des marchandages plus appuyés dans la seconde partie du film, c'est la verve de son héros qui triomphera. Elle seule qui, dans ce paysage allemand glacial et dépouillé, parviendra à transformer le "mur de la honte" en pont.
Thriller de Steven Spielberg - Avec Tom Hanks, Mark Rylance, Amy Ryan et Sebastian Koch - Durée : 2h12. Sortie le 2 décembre. 

Synopsis : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l'envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d'un avion espion américain U-2 qui a été capturé.