"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan, beau mais bavard

Publié le 05/08/2018 à 11H03
"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

© Nuri Bilge Ceylan films

Avec sa Palme d’or pour "Winter Sleep" en 2014, son Grand prix en 2011 pour "Il était une fois en Anatolie", et en 2003 pour "Uzac", sa sélection en 2008 avec "Les trois singes" et en 2006 pour "Les Climats", puis son Carrosse d’Or en 2012, le Turc Nuri Bilge Ceylan a son rond de serviette à Cannes. "Le Poirier sauvage" y concourait cette année pour une seconde Palme, avec des réserves.

La note Culturebox

3
3/5

Entre deux mondes

Le romanesque et la dramaturgie liés aux atmosphères caractérisent les films du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan. Les sentiments amoureux ("Les Climats") ou familiaux ("Winter Sleep"), aux réminiscences tchekhoviennes, sont d’autres constantes. À ce titre, le cinéaste est très apprécié par l’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob et de nombreux cinéphiles.
"Le Poirier sauvage" : la bande annonce
Dans "Le Poirier sauvage", la référence littéraire domine avec l’histoire d’un étudiant féru de littérature, de retour au pays natal, confronté à un père dont les affres l’empêchent de réaliser son rêve d’être publié. De retour dans sa petite ville, Sinan (Ahmet Rıfat) retrouve de vieilles connaissances, s’entretient avec elles de l’amour, de création littéraire et artistique, de philosophie, de religion… Parallèlement, Sinan s’oppose à un père respecté, libre d’esprit, qu’il rejette. Il agit de même avec ceux qui l’entourent, aux antipodes de ses ambitions, avant de recevoir une leçon de vie.

Egotisme

Ces rencontres et dialogues avec une jeune femme qui aurait pu être son amante, un écrivain régionaliste reconnu, un intellectuel et deux imams qu’il fréquentait avant leur sacerdoce, constituent le cœur des 3h08 du film. De longs échanges recueillis autour d’une table, ou lors de promenades qui peuvent sembler interminables. Si l’on fatigue un peu à les suivre, le premier dialogue, consacré à l’amour, est d’une grande beauté, tant dans sa mise en image que dans le texte. Un moment de grâce.
"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

© Nuri Bilge Ceylan films
Le rapport au père et à la famille constitue l’autre pendant du film, comme son fil rouge. Dans l’un comme dans l’autre, Sinan apparaît d’une assurance infaillible, atteignant jusqu’à l’égotisme. Ce qui aboutit à un personnage peu empathique qui se fâche à chaque conversation, ou provoque l’ire de ses interlocuteurs. L’épilogue renverse la vapeur, Sinan prenant en pleine face une leçon de vie : un grand moment. Toujours à la tête d’une mise en scène contemplative et cohérente, Nuri Bilge Ceylan verse dans l'intellectualisme, mais parvient tout de même à garder l’émotion.
"Le Poirier sauvage" : l'affiche

"Le Poirier sauvage" : l'affiche

© Memento Films Distribution

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Nuri Bilge Ceylan 
Pays : Turquie / France / Allemagne / Bukgarie / Macédoine / Bosnie / Suède
Acteurs : Ahmet Rıfat Sungar, Murat Cemcir, Hazar Ergüçlü
Durée : 3h08
Sortie : 15 août 2018

Synopsis : Passionné de littérature, Sinan a toujours voulu être écrivain. De retour dans son village natal d’Anatolie, il met toute son énergie à trouver l’argent nécessaire pour être publié, mais les dettes de son père finissent par le rattraper…