« La Servante » : aux origines du nouveau cinéma coréen

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 14/08/2012 à 16H58
Eun-shim Lee (la servante), Jin Kyu Kim, Aeng-ran Eom dans "La Servante" de Kim Ki-Young

Eun-shim Lee (la servante), Jin Kyu Kim, Aeng-ran Eom dans "La Servante" de Kim Ki-Young

© Carlotta Films

De Kim Ki-Young (Corée-du-Sud), acec : Eun-shim Lee, Jeung-nyeo Ju, Jin Kyu Kim - 1h51 - 1960 - Reprise : 15 août

Synopsis : Suite à un déménagement dans une maison plus grande, la femme d'un professeur de musique persuade celui-ci d'engager une domestique. Mais bientôt, la servante devient la maîtresse et la calme maison devient alors le lieu d'un dramatique huis clos.

Précurseur d’un style unique
Arrivé en force sous nos latitude dans les années 1990-2000, le cinéma sud-coréen (y-a-t-il un cinéma nord-coréen ?) s’est révélé d’une originalité constante, avec des cinéastes tels que Kim Ki-duk (« Printemps, été, automne, hiver… et printemps »), Park  Chan-wook (« Old Boy »), Im Sang-soo (« The President last Bang ») ou Bong Joon-ho (« The Host »). Issu d’une longue tradition cinématographique, endormie par la dictature, puis réveillée depuis le changement de régime, le cinéma coréen avait connu un premier âge d’or dans les années 53-62. « La Servante » de Kim Ki-young, datant de 1960, est considéré comme LE chef-d’œuvre de la période et à l’origine de cette nouvelle vague actuelle, toujours vivace.

La continuité du cinéma coréen contemporain avec « La Servante » réside dans le détournement des codes, ici du mélodrame, contaminés par d’autres, venus d’ailleurs, ici le fantastique, pour aboutir à des films inclassables, aux scénarios et personnages inattendus et à la mise en scène baroque ou poétique, l’une n’étant nullement contradictoire à l’autre, sinon souvent mêlées. D’emblée l’adultère sur lequel démarre « La Servante » ne ressemble à aucun autre. Ce personnage, professeur de piano, est persécuté par deux de ses élèves, dont l’une se suicide par amour, l’autre devant laisser sa place à sa colocataire qu’elle présente à son maître en la plaçant chez lui comme servante. Folle d’amour, elle va s’échiner à détruire le couple qui l’accueille, jusqu’au meurtre.

Jin Kyu Kim et Aeng-ran Eom : "La Servante" de Kim Ki-Young

Jin Kyu Kim et Aeng-ran Eom : "La Servante" de Kim Ki-Young

© Carlotta Films
 

Idéalisation égratignée
« La Servante » prend la forme d’un huis-clos à l’image expressionniste envoûtante, où l’interprète de la domestique (Eun-Shim Lee) fait une composition hallucinée, jouant de sa silhouette diaphane, au regard semi-endormi et hypnotique, proche du fantôme ou de la sorcière. Empoisonneuse, violente, elle est l’incarnation de la mort dans ce foyer auquel tout réussissait et dont la vie va basculer dans l’horreur.

Pourtant, rien n’est tout blanc ou tout noir chez chacun des personnages. La servante est également une victime, et l’épouse trompée développe aussi des instincts meurtriers, alors que le mari, charismatique, se révèle d’une faiblesse inouïe. La dernière scène, visiblement imposée pour assagir le climat d’horreur et de violence passionnelle du film, n’enlève rien à la puissance dérangeante de « La Servante », symptomatique des carences de l’idéalisation de la famille bourgeoise, qu’elle soit coréenne ou occidentale, et  dont l’effet perdure après la vision. Im Sang-soo en réalisera un remake inspiré dans « The Housemaid » en 2010, même si son film prend de grandes libertés avec son modèle, tout en en tirant un film magistral. Attribut inséparable de celui de Kim Ki-young en 1960, d’une beauté vénéneuse.

La bande-annonce de "The Housemaid" de Im Sang-soo :