"La Promesse de l'aube" : Pierre Niney trop lisse en Romain Gary

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/12/2017 à 08H38, publié le 17/12/2017 à 10H13
Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg dans "La Promesse de l'Aube"

Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg dans "La Promesse de l'Aube"

© Julien Panié

Eric Barbier s'attaque à une montagne, "La Promesse de l'aube". Et il cale sans parvenir au sommet. Malgré leurs efforts, Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg ne retrouvent pas la magie du chef-d'œuvre de Romain Gary

La note Culturebox

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2/5
C'est l'histoire d'un amour fou, exclusif et étouffant. Celui d'une mère pour son fils, dont elle a imaginé le destin. Tout ce que fera Gary, ce sera d'abord pour sa mère, pour être à la hauteur de ses rêves. Elle le voulait écrivain à succès, il le deviendra. Mais aussi ambassadeur. Ou héros des forces aériennes. Ses nombreux talents, il les utilisera avant tout pour lui procurer de la fierté.
Romain Gary a couché sur le papier son enfance difficile en Pologne, confronté à l'antisémitisme, puis sur la Côte d'Azur. Dans son roman paru en 1960, il rend d'abord hommage à cette mère au caractère bien trempé, qui ne renonce jamais malgré les coups durs, portée par une seule cause : la réussite de son fils. Elle est habitée. "Il ne t'arrivera rien" lui répète-t-elle, au coeur des situations les plus sombres. Elle imaginera même lui faire assassiner Hitler avant de renoncer.
Charlotte Gainsbourg dans "La promesse de l'Aube" © Julien Panié
Eric Barbier n'est pas le premier réalisateur à tenter de capter la vérité du best-seller de Romain Gary. Avant lui, Jules Dassin avait tenté sa chance, en offrant les rôles principaux à Melina Mercouri, Assi Dayan et Didier Haudepin.

Le mode de récit, avec une voix off très présente de Pierre Niney (Gary adulte), assure le rythme mais c'est au détriment de la sensibilité et de la finesse si bien déployés dans l'oeuvre de référence. Du grand spectacle, oui. Mais il manque les aspérités, tout avance trop vite, on ne fait qu'effleurer ces moments de drames ou d'allégresse. Charlotte Gainsbourg déploie une belle énergie, impose un accent russe sans se décrédibiliser, mais elle perd en subtilité. Pierre Niney, lui, surjoue Gary sans nous convaincre. Son incarnation reste en surface, pas assez de tourments, on cherche en vain les démons qui habitaient l'écrivain.
Pierre Niney dans "La Promesse de l'Aube" © Julien Panié
Soigneusement produite mais sans âme, cette saga romanesque si rondement menée a des airs de téléfilm de luxe. La "Promesse de l'aube" n'est malheureusement pas tenue.   
"La Promesse de l'Aube" © Julien Panié

LA FICHE

"La Promesse de l'aube", drame français d'Eric Barbier – avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon et Jean-Pierre Darroussin – Durée : 2h00 – Sortie : 20 décembre 2017
Synopsis : De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…