"La Lune de Jupiter" : thriller fantastique sur les migrants

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 21/11/2017 à 20H18, publié le 21/11/2017 à 19H46
Amás Szabó Kimmel dans "La Lune de Jupiter" de Kornél Mundruczó

Amás Szabó Kimmel dans "La Lune de Jupiter" de Kornél Mundruczó

© Pyramide Distribution

Donner le pouvoir de léviter à un jeune pour traverser illégalement la frontière, c'est ainsi que Kornél Mundruczó traite la crise des migrants dans "La Lune de Jupiter". Une vision fantastique, allégorique d'un sujet phare du dernier Festival de Cannes. Le réalisateur hongrois avait déjà remporté deux fois le prix Un certain regard, pour "Johanna" en 2005 et pour "White God" en 2014.

La note Culturebox

2
2/5

Métaphore biblique

Le sujet des flux migratoires dans le monde était une thématique transversale de toutes les sélections cannoises cette année. Kornél Mundruczó met en scène l’arrivée clandestine en Europe d’un jeune syrien et de son père. Ils veulent franchir la frontière de la Serbie en Hongrie. Ils ne vont pas être les bienvenus. Mortellement blessé par la sécurité hongroise, Aryan découvre qu’il a le pouvoir de léviter, à la surprise du médecin qui l’a pris en charge, lui-même impliqué dans le trafic de migrants. Il va tout faire pour le garder sous sa coupe, en tirer profit, alors que les forces de l’ordre les prennent en chasse.
"La Lune de Jupiter" : la bande annonce

Il était question déjà de miracle dans "Johanna", et du discours nationaliste hongrois dans "White God", tous deux récompensés à Un certain regard. Il était logique que Kornél Mundruczó se retrouve en compétition quand il relie les deux thèmes dans "La Lune de Jupiter". Le cinéaste a cette constance de délivrer un discours sur son pays par le biais de métaphores fortes. Dans "La Lune de Jupiter", elles sont de référence biblique. Par son pouvoir de lévitation, Aryan est identifié à un ange. "Johanna" renvoyait à Jeanne d’Arc, et il y avait une thématique christique dans la révolte des chiens de "White God".

"La Lune de Jupiter" : photo du film 

"La Lune de Jupiter" : photo du film 

© Pyramide Distribution

Les pieds dans le tapis

C’est peut-être par-là que Kornél Mundruczó commence à pécher. Ce mysticisme sous-jacent devient encombrant par répétition, alors que suggéré il serait plus efficace. Dans "La Lune de Jupiter", le migrant lévitant devient ange, comme un envoyé venu d’ailleurs pour sauver l’Europe. Comme le Christ il est rejeté des autorités, sacrifié : tué à son passage de la frontière, il ressuscite doué d’un pouvoir ascensionnel, référence à l’Ascension de Jésus au ciel après sa résurrection… Tout cela est un peu lourd.

amás Szabó Kimmel dans "La Lune de Jupiter" de Kornél Mundruczó

amás Szabó Kimmel dans "La Lune de Jupiter" de Kornél Mundruczó

© Pyramide Distribution

La mise en scène de Kornél Mundruczó confirme par contre son talent déjà reconnu. Les scènes de lévitation sont d’une beauté époustouflante, dont l’une provoquant un changement de gravité dans un appartement, très spectaculaire, sinon ahurissante dans sa durée. Mais il s’enfonce dès qu’il fait basculer son propos dans ce qui s’identifierait à un thriller. En plaquant cette forme à son film, Mundruczó s’avère moins efficace. Ajouté à la répétition des scènes d’envol, le film se prend les pieds dans le tapis, malgré de beaux moments et de bonnes intentions.

LA FICHE

Genre : Drame/thriller fantastique 
Réalisateur : Kornél Mandruczó
Pays : Hongrie
Acteurs : Merab Ninidze, György Cserhalmi, Monika Balsai
Durée : 1h40
Sortie :22 novembre 2017

Synopsis : Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu'il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu'il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s'en échappe avec l'aide du Dr Stern qui nourrit le projet d'exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d'argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l'incroyable don d'Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s'achètent.