"La Forme de l'eau" : l'histoire d'amour fantastique de Guillermo del Toro

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 27/02/2018 à 20H46, publié le 19/02/2018 à 15H45
"La Forme de l'eau" de Guillermo del Toro

"La Forme de l'eau" de Guillermo del Toro

© Twentith Century Fox France

Avec un sans-faute depuis "Cronos" en 1993, Guillermo del Toro séduit le public et la critique en œuvrant dans le fantastique. Un genre qu’il connaît comme cinéphile mais aussi sous toutes ses formes d’expression. Cette passion se concrétise dans des films aux mises en scène inventives, avec un grand talent de conteur ("Le Labyrinthe de Pan"). Ce que confirme son nouveau film, "La Forme de l'eau".

La note Culturebox

4
4/5

La Belle et la bête

Sacré meilleur réalisateur aux Golden Globes, aux Bafta et par le syndicats des réalisateurs, Lion d’or à Venise, nommé dans 13 catégories, dont meilleur film et meilleur réalisateur, aux Oscars, "La Forme de l'eau" arrive en France auréolé de récompenses et de promesses. Le film s’avère une déclinaison de "La Belle et la bête", où une jeune femme modeste et muette tombe amoureuse d’une créature hybride. Un modèle ancestral, ici reformulé dans un laboratoire de l’armée américaine en pleine guerre froide.
Son sujet original s’avère inspiré du classique de la science-fiction de 1954, "L’Etrange créature du lac noir" de Jack Arnold et de ses deux suites, "La Revanche de la créature" et "La Créature est parmi nous". Le concept d’un monstre amphibie millénaire, sa violence, sa fascination pour une femme, les expériences scientifiques envisagées sur elle... dérivent exactement de cette trilogie. Quant à son physique très spectaculaire dans le film de 1954, il s’est sophistiqué grâce aux nouvelles technologies, mais reste déduit du modèle original. Guillermo del Toro connaît ses classiques.
Sally Hawkins dans "La Forme de l'eau" de Guillermo del Toro

Sally Hawkins dans "La Forme de l'eau" de Guillermo del Toro

© Twentieth Century Fox France

Sept ans de réflexion

Guillermo del Toro conçoit son scénario en s'inspirant d'un dialogue entre Marilyn Monroe et Tom Ewell dans "Sept ans de réflexion". L'échange introduit la célèbre scène de la grille de métro dont l’air, en s'échappant, soulève la robe blanche de l’actrice. Sortant d’un cinéma projetant "L'Etrange créature du lac noir", Marilyn exprime son admiration pour la bête ("J’ai eu tellement pitié du malheureux monstre à la fin" - "Je crois qu’il avait vraiment besoin d’affection. Vous savez, besoin d’un peu d’amour, de tendresse, de bonheur"). Ce sont exactement les sentiments vécus par Elisa (Sally Hawkins), l’héroïne de "La Forme de l’eau", avec un dénouement plus heureux que dans le film de 1954…
Marilyn Monroe et Tom Ewell dans "Sept ans de réflexion" de Billy Wilder, avec le titre "Creature from the Black Lagoon" ('"La créature du lac Noir") en second plan.

Marilyn Monroe et Tom Ewell dans "Sept ans de réflexion" de Billy Wilder, avec le titre "Creature from the Black Lagoon" ('"La créature du lac Noir") en second plan.

© 20th Century Fox
Cinéphile et citatif, Guillermo del Toro renvoie également à la scène d’inondation de l’appartement de "Délicatessen" de Carot et Jeunet, dans une scène lyrique à couper le souffle. Les prises de vues sous-marines évoquent le film de Jack Arnold, mais aussi celles de "A. I. Intelligence Artificielle" de Steven Spielberg. La pitié d'Elisa à l'égard de la bête rappelle celle de Véronica dans "La Mouche" de David Cronenberg… Ces rapprochements ne sont pas pour autant des plagiats. "La Forme de l’eau" revendique ces références qui nourissent son originalité et sa beauté profonde. Dans ses personnages, son récit, sa beauté visuelle et sa poésie. Avec un des pires méchants vus à l’écran, le tortionnaire du laboratoire, que Michael Shanon noircit à loisir.
Sally Hawkins et Octavia Spencer dans "La Forme de l'eau" de Guillermo del Toro

Sally Hawkins et Octavia Spencer dans "La Forme de l'eau" de Guillermo del Toro

© Twentieth Century Fox France
Guillermo del Toro calque son récit sur la forme du conte, comme c’était le cas dans "Le Labyrinthe de Pan". Un conte moderne, avec des résonances sociales, politiques et humanistes. Le rapprochement entre les deux êtres passe par le silence. Lui ne parle pas humain, elle est muette. Leur amour est silence, le geste, le tactile, la présence, remplacent les mots. Un langage, comme la musique, non verbal. Sensible aux codes du fantastique, del Toro ne passe toutefois pas à côté d’une certaine violence physique quand elle s’impose, ce qui peut choquer les plus sensibles. Il vaut mieux être averti. Mais c’est l’émotion qui domine, les sentiments, l’amour, la reconnaissance dans la différence, pris dans un récit à la fois épique et intimiste, aux accents de thriller de science-fiction. C’est à se demander si Guillermo del Toro est capable de rater un film…
"La Forme de l'eau" : une des affiches française

"La Forme de l'eau" : une des affiches française

© Twentieth Century Fox France

LA FICHE

Genre : Fantastique
Réalisateur : Guillermo del Toro
Pays : Etats-Unis
Acteurs : Sally Hawkins, Michael Shannon, Octavia Spencer, Richard Jenkins, Michael Stulbarg, Doug Jones, David Hewlet, Nick Searcy
Durée : 2h03
Sortie : 21 février 2018

Synopsis : Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent la détention d'une créature amphibienne sur laquelle sont pratiquées des expériences cruelles…