"La Favorite" : Emma Stone intrigue à la cour britannique du XVIIIe siècle

Mis à jour le 06/02/2019 à 20H04, publié le 06/02/2019 à 19H37
Emma Stone dans "La Favorite" de Yórgos Lánthimos

Emma Stone dans "La Favorite" de Yórgos Lánthimos

© 2018 Twentieth Century Fox

Prix du scénario à Cannes en 2017 pour "Mise à mort du cerf sacré", sélectionné en 2015 avec "The Lobster", le Grec Yórgos Lánthimos situe "La Favorite" à la fin de règne de la dernière des Stuart, au plus fort de l’opposition politique entre Whigs et Tories. Trois femmes tirent les fils de l’intrigue, interprétées par Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman, toutes trois remarquables.

La note Culturebox

3
3/5

La vengeance d’une femme

"La Favorite" repose sur un socle historique solide en mettant en scène les rapports entre la reine Anne (1695-1714, montée sur le trône en 1702) avec sa Première dame, Sarah Churchill, dont elle était très proche, mais avec laquelle elle avait un différend politique. Le film invente en revanche le personnage d’Abigaïl Hill qui va mettre le feu aux poudres entre elles, alors que la guerre fait rage entre l’Angleterre, l’Espagne et la France.
"La Favorite" : la bande annonce
Issue d’une famille aristocratique déchue, Abigaïl Hill (Emma Stone) est introduite par Sarah Churchill (Rachel Weisz), sa cousine, comme servante à la cour de la reine Anne (Olivia Colman). Alors que la préférée de la souveraine gère le pays à sa place en raison d’une santé fragile, Abigaïl s’attire les faveurs d’Anne au détriment de ce qui devient sa rivale, en influençant à son tour la reine.

Fish-eye

La fiction sert parfois l’Histoire pour en expliquer les subtilités. Le personnage d’Abigaïl Hill condense en elle le différend politique entre la reine Anne, favorable aux Tories opposés à la guerre, avec sa favorite, Sarah, du côté des Whigs disposés au conflit. Elle focalise la pomme de discorde par ses mensonges, ses flatteries, en remportant le cœur de la reine, puis en se rangeant dans son camp pour fomenter la vengeance de son rang aristocratique perdu. Les hommes puissants autour d’elles en deviennent des marionnettes.
 Rachel Weisz et Olivia Colman dans "La Favorite" de Yórgos Lánthimos

 Rachel Weisz et Olivia Colman dans "La Favorite" de Yórgos Lánthimos

© 2018 Twentieth Century Fox
Politique, pouvoir et passions se mélangent dans ce beau tableau propice au drame. Mais aussi à l’humour, par le regard sarcastique que porte Yórgos Lánthimos, la prestation de ses actrices, et celle de Nicholas Hoult ("Mad Max :Fury Road"), qui campe un Lord Harley, chef des Tories tout en hargne et mépris. Mais le cinéaste gâche une bonne partie de son propos en filmant continuellement avec un objectif grand angle (fish-eye) qui déforme les perspectives, et en insérant des ralentis inutiles. Un choix ostentatoire pour une reconstitution pourtant au cordeau, comme les Britanniques savent si bien le faire.

Ce choix peut refléter le chaos qui régnait à l’époque, la décadence d’une dynastie (les Stuart), et la petitesse des plus grands face à leurs responsabilités, suggérée dans des décors surdimensionnés. Une option de mise en images envahissante et artificielle, au regard d’un propos pourtant des plus pertinents.
"La Favorite" : l'affiche

"La Favorite" : l'affiche

© Twentieth Century Fox France

LA FICHE

Drame de Yórgos Lánthimos
Pays : Etats-Unis / Grande-Bretagne / Irlande
Avec :  Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone, James Smith III, mark Gatis, Nicholas Hoult, Joe Alwyn
Durée : 2h00
Sortie : 6 février 2019

Synopsis : Début du XVIIIe siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour britannique, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.