"La Chasse" de Thomas Vinterberg : les risques du métier

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 13/11/2012 à 09H44
Mads Mikkelsen dans "The Hunt" de Thomas Vinterberg

Mads Mikkelsen dans "The Hunt" de Thomas Vinterberg

© DR

Thomas Vinterberg avait marqué les esprits en 1998 avec "Festen". Il revient en force avec "La Chasse" avec un sujet qui tourne autour de la pédophilie. En compétition au dernier festival de Cannes, le film a offert à Mads Mikkelsen un très mérité Prix d'interprétation masculine, le film remportant le Prix cinéma Elle.

De Thomas Vinterberg (Danemark), avec : Mads Mikkelsen, Alexandra Rapaport, Thomas Bo Larsen - 1h46 - Sortie : 14 novembre

Synopsis : Un homme récemment divorcé, apprécié de toute la communauté, est accusé par une fillette de cinq ans d'abus sexuel. Tout son entourage va se retourner contre lui.

Vinterberg hors Dogme95
Thomas Vinterberg, dans « Festen », traitait déjà d’un père pédophile. Dans « La Chasse », il parle d’un père séparé, employé dans un jardin d’enfants, accusé à tort par une fillette d’attouchements et mis au ban de la bourgade dans laquelle il était jusqu’alors un des piliers.

Initiateur, avec Lars von Trier,  du manifeste Dogme95, Vinterberg revient avec « La Chasse » à une mise en scène plus classique, faisant montre d’une maîtrise parfaite. Il s’attache à valoriser son personnage principal, Lucas – remarquable Mads Mikkelsen – dans une première partie festive, où il dépeint une communauté soudée, un homme attentif à l’égard de ses proches et des enfants dont il s’occupe, meurtri par un divorce difficile. Le revirement de situation, quand l’accusation tombe, n’en est que plus violent.

Mads Mikkelsen dans "La Chasse " de Thomas Vinterberg

Mads Mikkelsen dans "La Chasse " de Thomas Vinterberg

© Pretty Pictures

Manichéen
C’est dès lors une descente aux enfers, où la présomption d’innocence n’a pas sa place et où la parole de l’enfant fait office d’Evangile. Peut-être un peu trop dans le script, ce qui insuffle une part de manichéisme malvenue. Plus de subtilité aurait été bienvenue. Lucas va tout perdre, sauf son frère et un petit groupe qui vont l’aider, ainsi que son fils, pour le tirer de l’opprobre. Mais le mal est fait, le ver est dans la pomme et selon l’adage bien connu, il n’y a pas de fumée sans feu. Lucas sera à jamais marqué du sceau de l’infamie. Ce qui dans ce genre d’affaire s’est vérifié.

Si Vinterberg convainc dans sa démonstration et diffuse un sentiment de révolte chez le spectateur dans le conflit exposé, il n’apporte pas grand-chose de nouveau sous le soleil par rapport au film d’André Cayatte de 1967, avec Jacques Brel, « Les Risques du métier ». Sur l’affaire d’Outreau et le film de Vincent Garenq, « Présumé coupable » sorti l’an dernier, le traitement du sujet était plus actualisé,  « La Chasse » s’avère ainsi efficace mais sans novation

L'acteur danois Mads Mikkelsen embrasse sa Plame du Prix d'interprétation masculine pour "La Chasse" de Thomas Vintenberg au 65e Festival de Cannes

L'acteur danois Mads Mikkelsen embrasse sa Plame du Prix d'interprétation masculine pour "La Chasse" de Thomas Vintenberg au 65e Festival de Cannes

© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP