"La Belle et la meute", film tunisien choc sur un viol commis par des policiers

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 17/10/2017 à 17H13, publié le 17/10/2017 à 15H58
Mariam Al Ferjani dans "La Belle et la meute" de Kaouther Ben Hania

Mariam Al Ferjani dans "La Belle et la meute" de Kaouther Ben Hania

© Jour2fête

Alors que l’affaire Weinstein défraye la chronique, "La Belle et la meute" de la Tunisienne Kaouther Ben Hania arrive à point nommé. Non qu’il traite du harcèlement sexuel dans le cinéma ou un autre milieu, mais de la considération de la femme par une société d’hommes qui la réduit à un objet asservie à l’autorité institutionnelle. D'après l'histoire vraie d'une étudiante violée par des policiers.

La note Culturebox

4
4/5

Double peine

Si ce fait divers terrible se déroule à Tunis, il pourrait avoir lieu n’importe où dans le monde et notamment en France, où plusieurs histoires de ce gabarit ont déjà été évoquées. Kaouther Ben Hania parvient toutefois à bien la situer dans le contexte tunisien de l’immédiat après-Ben Ali.
"La Belle et la meute" : la bande annonce

Alors que la société tunisienne cherche à se restructurer, les réactions des instances administratives, qu’elles soient de santé ou policières, reposent toujours sur les vieux réflexes. Il ne faut pas faire de vagues. Cette jeune femme violée ne cherche que réconfort, et à ce que justice soit faite à l’encontre de ses tortionnaires, elle ne trouve qu'humiliation et mur de silence. Comme si on lui infligeait une double peine. On est révolté devant une telle déconsidèration de la victime, et la lâcheté d’institutions autoritaires, laxistes, sinon inhumaines. 

Mariam Al Ferjani et Ghanem Zrelli dans "La Belle et la meute" de Kaouther Ben Hania

Mariam Al Ferjani et Ghanem Zrelli dans "La Belle et la meute" de Kaouther Ben Hania

© Jour2fête

Plans-séquence

La réalisatrice, venue du documentaire, traite avec un réalisme de tous les instants ce calvaire d’une nuit infernale, ubuesque et kafkaïenne. Elle y parvient d’autant mieux qu’elle choisit de construire son film en neuf parties, dont chacune constitue un plan-séquence. Elle traduit un temps réel tendu, traumatique et déconcertant. Sociétal et politique, "La Belle et la meute" peut également se voir comme un véritable thriller dont on ressort passablement chamboulé.

Projeté dans la section Un certain regard au dernier Festival de Cannes, "La Belle et la meute" aurait bien mérité une récompense. Notamment pour sa jeune actrice débutante Mariam Al Ferjani, dans un rôle éprouvant et remarquable de justesse dans le contexte d’un tournage en plans-séquence. Maîtrisé et percutant. 

"La Belle et la meute" : l'affiche

"La Belle et la meute" : l'affiche

© Jour2fête

LA FICHE

Genre : Drame 
Réalisateur : Kaouther Ben Hania
Pays : Tunisie / France / Suède / Norvège / Liban / Quatar / Suisse
Acteurs :   Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari, Chedly Arfaouiu, Anissa Daoud, Mourad Gharsalli
Durée : 1h40
Sortie : 18 octobre 2017

Synopsis : Lors d'une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?