"L’île aux chiens" : formidable conte philosophique signé Wes Anderson

Mis à jour le 12/04/2018 à 11H43, publié le 10/04/2018 à 15H36
"L'Ïle aux chiens" de Wes Anderson

"L'Ïle aux chiens" de Wes Anderson

© Twentieth Century Fox France

Avec "L’île aux chiens", Wes Anderson ("The Grand Budapest Hotel", "Moonrise Kingdom") signe son deuxième film d’animation après "Fantastic Mr. Fox". Après l’histoire d’une rébellion d'animaux de la forêt contre des fermiers, voici un récit d’anticipation autour du bannissement des chiens par un dictateur, matière à une fable écologique, politique et morale.

La note Culturebox

5
5/5

Une animation incarnée

Ce nouveau conte animalier de Wes Anderson voit le maire japonais de Nagasaki bannir tous les chiens de sa ville, suite à une grippe canine. Son fils adoptif, un adolescent qui vit mal la séparation de son chien Spots, s’envole vers l'île où sont banis les animaux pour le retrouver. Dans son aventure, il est accompagné par cinq canins expatriés, bien décidés à déjouer une terrible machination.
"L'Île aux chiens" : la bande annonce
Comme dans "Fantastic Mr. Fox", Wes Anderson adopte pour sa réalisation la technique de la stop motion. Elle consiste à animer et filmer image par image des poupées dans des décors réels à leur échelle, sans intervention numérique. Un travail de fourmi au rendu incomparable. C’est ce qui éblouit dès les premières images de "L’île aux chiens", la beauté des décors, de leur texture, dans lesquels s’insèrent des personnages virtuels aux personnalités fortes. Cette île décomposée, friche industrielle, déchèterie, et parc de loisirs en décrépitude, est d’un beauté visuelle incomparable et source d’actions inédites. 

Reportage : S. Gorny / A. Dupont / L. Crouzillac / C. Labasque 

https://videos.francetv.fr/video/NI_1218859@Culture



Si les humains, le dictateur Kobayashi et son fils adoptif Atari, existent charnellement et intellectuellement à l’écran, la bande de chiens en quête de liberté n'en demeure pas moins investie de personnalités extrêmement peaufinées, soignées et évolutives. La teneur dramatique du film repose avant tout sur eux. Ainsi Chief, un chien errant toujours en conflit avec ses congénères retirés à leurs maîtres, incarne un esprit rebelle qui va se "domestiquer" à leur contact. Tout comme, à leur tour, ses compagnons vont adopter une part de son indépendance.
"L'Île aux chiens" de Wes Anderson

"L'Île aux chiens" de Wes Anderson

© Twentieth Century Fox France

Le Japon, synthèse de la modernité

Le décor de "L’île aux chiens", ancien paradis industriel et de loisirs, balayé par une éruption volcanique et un tsunami, devenu une immense décharge polluée au dernier degré et exploitée comme centre de détention, condense les maux du monde contemporain. Si Wes Anderson situe son action au Japon, c’est que l’Archipel a toujours été sensible à ces réalités depuis Hiroshima (1945) pour le nucléaire, alors que les catastrophes naturelles font partie de son quotidien (séisme de la côte du Tohoku en 2011, avec la catastrophe de Fukushima).

Mais sortons du seul cadre japonais. Aux inquiétudes environnementales - climatiques et de consommation - évoquées dans le film, s'ajoutent les inquiétudes politiques, avec la montée des populismes, de la corruption, et la prolifération de ce qu’il est désormais convenu de dénommer les "démocratures" (démocraties officielles à tendances dictatoriales). L'exemple en a encore été donné le week-end dernier en Hongrie et le thème est sensible en Turquie comme en Pologne. Le rejet de la différence, avec l’évocation du sort des réfugiés et migrants mal traités transpire également au premier plan dans "L’île aux chiens". Wes Anderson prend pour cadre le Japon pour son environnement, mais l’élargit au monde.
"LÎle aux chiens" de Wes Anderson

"LÎle aux chiens" de Wes Anderson

© Twentieth Century Fox France
Le plus étonnant est que ce qui pourrait paraître un trop plein scénaristique, est absolument maîtrisé dans un script original, sur un mode ludique, accessible à tous les âges et constitue un beau spectacle familial plein de sens. Wes Anderson réussit une grande œuvre esthétique d’une rare beauté. Elle est habitée d’un sens en phase avec son temps qui lui donnera la pérennité, synonyme de modernité. Sans parler des acteurs, en VO ou VF, qui donnent leur voix aux personnages, et dont on verra les noms dans la fiche du film, tant ils sont nombreux et prestigieux. Sublime.
"LÎle aux chiens" : l'affiche française

"LÎle aux chiens" : l'affiche française

© Twentieth Century Fox France

LA FICHE

Genre : Animation / Science-fiction
Réalisateur : Wes Anderson
Pays : Etats-Unis / Allemagne
Acteurs : Voix en VO : Edward Norton, Frances Mc Dormand, Bryan Cranston, Scarlett Johanson, Jeff Goldblum, F. Murray Abraham
Voix VF : Vincent Lindon, Isabelle Huppert, Romain Duris, Louis Garrel, Daniel Auteuil, Léa Seydoux, Mathieu Amalric, Hippolythe Girardot, Yvan Attal, Nicolas Saada, Jean-Pierre Léaud, Aurore Clément
Durée : 1h41
Sortie : 11 avril 2018

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.