"L'Epreuve" : Juliette Binoche, reporter de guerre, tiraillée par sa famille

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 05/05/2015 à 19H50, publié le 05/05/2015 à 15H56
Nikolaj Coster-Waldau et Juliette Binoche dans "L'Epreuve" de Erick Poppe

Nikolaj Coster-Waldau et Juliette Binoche dans "L'Epreuve" de Erick Poppe

© Septième Factory

Juliette Binoche endosse la personnalité d'une femme forte confrontée à un environnement déstabilisateur. "L'Epreuve", du Norvégien Erick Poppe ("En eaux troubles"), qui adapte un scénario original, traite du conflit entre la profession de Rebecca (Juliette Binoche), qu'elle conçoit comme une mission, et son attachement à sa famille. Un dilemme pas toujours finement rendu, mais pas sans qualités.

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

D'Erik Poppe (Norvège/Irlande/Suède), avec : Juliette Binoche, Nikolaj Coster-Waldau, Lauryn Canny - 1h57 - Sortie : 6 mai 2015

Synopsis : Rebecca est une photographe de guerre de renommée internationale. Alors qu’elle est en reportage en Afghanistan pour suivre un groupe de femmes qui préparent un attentat suicide, elle est gravement blessée par l'explosion d'une bombe. De retour chez elle en Irlande, pour se remettre de ce traumatisme, elle doit affronter une autre épreuve. Marcus, son mari et Stéphanie, sa fille ainée de 13 ans, ne supportent plus l’angoisse provoquée par les risques que son métier impose. Elle doit choisir entre son travail et sa famille.
"L'Epreuve" : la bande-annonce

 

Photographes de guerre

Erick Poppe a lui-même été pendant des années reporter de guerre, et désirait, devenu cinéaste, rendre compte à l'écran de son métier. Mais plutôt qu'en faire un descriptif linéaire, il a voulu fonder sa démonstration sur les rapports à la famille qu'une telle profession entraîne. C'est tout l'enjeu de "L'Epreuve". S'il s'est projeté dans une femme pour ce faire, c'est qu'à ses yeux, un homme aurait été appréhendé comme plus détaché par rapport aux enjeux familiaux, alors qu'une femme les mettait d'emblée dans le champ.

La scène d'introduction de "L'Epreuve" est des plus efficaces. Elle présente Rebecca dans son métier de photographe de guerre, effectuant un reportage sur la préparation d'une femme à un attentat suicide. Impressionnant. Dans le rituel et l'émotion visible de la reporter, jusqu'à l'exécution de l'acte, dont elle ne ressortira pas indemne. La séquence prépare à la scène finale du film, qui lui fait écho, en apportant sa conclusion et laissant sur une fin ouverte. Belle construction.
 

Juliette Binoche dans "L'Epreuve" de Erick Poppe

Juliette Binoche dans "L'Epreuve" de Erick Poppe

© Septième Factory

 

Mise en danger et adrénaline

Entre les deux, "L'Epreuve" alterne les scènes où Rebecca retrouve son foyer, où son mari et sa fille aînée, Stéphanie, essayent de la convaincre d'abandonner sa vocation, qui l'éloigne d'eux durant de longs mois, et l'exercice de son métier en terrain miné, sur lequel elle peut à tout moment perdre la vie. Jusqu'au jour où Stéphanie lui réclame de l'accompagner en mission sous le prétexte d'un travail pédagogique pour son lycée. C'est le deuxième moment fort du film, avant la conclusion, par la traduction de l'investissement de Rebecca dans son métier, allant jusqu'à mettre en danger sa fille.

Cette séquence est parfaitement orchestrée, car présentée d'abord dans un contexte très sécurisé, qu'un événement inattendu va faire basculer dans l'horreur, obligeant Rebecca à réagir selon ses réflexes de photoreporter au détriment de toute contingence, en trouvant des solutions de substitution. C'est là que la psychologie de Rebecca et le film basculent. Mais tout est sur la corde raide. De ce point de vue, "L'Epreuve" n'est pas sans rappeler "Démineurs" (2010) de Kathhryn Bigelow, où un soldat américain en Irak ne cesse de faire des allers et retours avec son foyer et retourne constamment sur le terrain, accro à l'adrénaline que lui procure le danger de ses missions.

https://videos.francetv.fr/video/NI_160169@Culture


"L'Epreuve" n'est pas du niveau de "Démineur", car il verse un peu plus dans le mélo. Le film reste toutefois intéressant, même s'il aurait pu être un peu élagué. Juliette Binoche demeure cependant excellente dans son rôle, un des principaux atouts du film.