"L'Astragale" : Leïla Bekhti et Reda Kateb en cavale édulcorée

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 06/04/2015 à 12H20, publié le 05/04/2015 à 12H34
Leïla Bekhti et Reda Kateb dans "L'Astragale" de Brigitte Sy

Leïla Bekhti et Reda Kateb dans "L'Astragale" de Brigitte Sy

© Alfama Films (ex-Alma Films)

Brigitte Sy réalise une nouvelle adaptation du roman autobiographique d’Albertine Sarrazin, "L'Astragale", après celle de Guy Casani en 1969, avec Marlène Jobert et Horst Buchholz. Ils sont remplacés désormais par un beau couple d’acteurs : Leïla Bekhti et Reda Kateb, même si le film ne remplit pas toutes ses promesses.

La note Culturebox
2 / 5                  ★★☆☆☆

De Brigitte Sy (France), avec :  Leïla Bekhti, Reda Kateb, Esther Garrel, India Hair, Louis Garrel - 1h36 - Sortie : 8 avril 2015

Synopsis : Une nuit d'avril 1957. Albertine, 19 ans, saute du mur de la prison où elle purge une peine pour hold-up. Dans sa chute, elle se brise l'os du pied : l'astragale. Elle rampe jusqu'à la route et interpelle une voiture. Elle est secourue par Julien, repris de justice, qui l'emmène et la cache chez une amie à Paris. Pendant qu'il mène sa vie de malfrat à droite à gauche en province, elle réapprend à marcher dans la capitale. Julien est arrêté et emprisonné. Seule et recherchée par la police, elle se prostitue pour survivre et, de planque en planque, de rencontre en rencontre, lutte au prix de toutes les audaces pour sa fragile liberté. Mais les souffrances physiques qu'elle endure ne sont rien à côté de ce que l'absence de Julien provoque dans sa chair…  
"L'Astragale" : la bande-annonce
Ambition ou prétention ?

Récit d’une cavale après l’évasion d’Albertine (Leïla Bekhti) d’une prison en 1957, "L'Astragale" est avant tout une histoire d’amour fou que l’évadée va vivre avec Julien (Reda Kateb), comme elle délinquant à la petite semaine, qui la prend en charge et la protège. Pour son deuxième long métrage, Brigitte Sy, également comédienne, reprend, en arrière-plan, le thème de la prison qu’elle abordait déjà dans "Les Mains libres" en 2010.

Reportage : D. Poncet / O. Palomino / S. Lacombe

https://videos.francetv.fr/video/NI_159597@Culture

La cinéaste prend un fort parti-pris de mise en scène, en tournant "L'Astragale" dans un somptueux scope noir et blanc. Un choix esthétique peut-être un peu trop "esthétisant" par le format et le graphisme, pour mieux souligner l’époque, les années 50-60, qui renvoie également à la Nouvelle vague. L’ambition frise quelque peu la prétention, alors que plus de modestie aurait peut-être été pertinent pour coller à la nature des personnages, issus de la petite délinquance, et évoluant dans un milieu populaire et interlope.
Leïla Bekhti et Esther Garrel dans "L'Astragale" de Brigitte Sy

Leïla Bekhti et Esther Garrel dans "L'Astragale" de Brigitte Sy

Subversion lissée

"L'Astragale" d’Albertine Sarrazin, publié en 1965, a un parfum de soufre, puisque écrit comme une confidence, où émergent des thèmes tabous, tels que la prison, la délinquance, la prostitution, la bisexualité, d’autant qu’ils sont exprimés par une femme, alors que l’on est encore loin de l’esprit libertaire et de la libération sexuelle de la fin des années 60. Cette subversion n’émane guère de l’approche de Brigitte Sy, pour beaucoup en raison de son formalisme et d'un rythme peu soutenu. Par ailleurs, si les interprétations de Leïla Bekhti et Reda Kateb sont honorables, elles relèvent plus du minimum syndical que de la performance, alors que les rôles sont forts et les comédiens bien distribués.

On attendait plus d’un tel potentiel, même si l’adaptation de Brigitte Sy garde quelques atouts à son actif. Mais ce ne sont sans doute pas ceux convenant à son sujet. Trop élégant et sophistiqué, ce traitement est inadéquat. Ce n’est pas faire injure à l’honorabilité de ses protagonistes, ou leurs aspirations. Notamment l’amour profond qui les guide. Le grief émane de choix et d’une direction d’acteur peu convaincants par rapport à un sujet par ailleurs passionnant. "L'Astragale" mérite encore d’être adapté.