"Invasion" : le cinéaste Kiyoshi Kurosawa délaisse ses spectres pour des extraterrestres

Mis à jour le 05/09/2018 à 02H49, publié le 04/09/2018 à 18H45
Kaho et Shôta Sometani dans "Invasion" de Kiyochi Kurosawa

Kaho et Shôta Sometani dans "Invasion" de Kiyochi Kurosawa

© Shôta Sometani

Découvert en France avec "Kaïro" en 2001, alors qu’il tourne depuis 1978, le réalisateur Kiyoshi Kurosawa nous a habitué à des histoires de fantômes feutrées, au croisement des traditions et de la société japonaise contemporaine. C’est le même angle qu’il prend dans "Invasion", mais les fantômes sont désormais des extraterrestres envahisseurs. Changement de donne.

La note Culturebox

4
4/5

Epure de l’étrange

Etsuko (Kaho) rentre de son travail de couturière et trouve son mari "ailleurs", comme sous emprise. Cela semble la même chose avec sa meilleure collègue, son supérieur, jusqu’à ce qu’elle découvre qu’un nouveau médecin dans l’hôpital où travaille son mari s’avère la tête de pont d’une invasion extraterrestre… Sujet à priori classique de la science-fiction depuis "L’Invasion des profanateurs de sépulture" (1956, Don Siegel, où des doubles prennent la place des humains), "Invasion" prend une autre voie.
"Invasion" : la bande annonce
C’est celle de Kiyoshi Kurosawa, dans l’épure de ses situations, de ses personnages, de sa mise en scène. Une ascèse toute japonaise qu’il applique à la psychologie, individuelle et collective. Non seulement au Japon, mais avec universalité. Scénariste, il inscrit ses personnages dans un milieu social déterminé, comme un prisme à travers lequel se lit l’histoire, reconnaissable, banale, pour mieux faire basculer le personnage et le spectateur dans l’étrange.
Kaho dans 'Invasion" de Kiyochi Kurosawa

Kaho dans 'Invasion" de Kiyochi Kurosawa

© Art House

Culture Pop et philosophie

La réalité bouleversée par une ingérence extérieure définit le fantastique. C’est pourquoi une visualisation réaliste est nécessaire au genre. Kiyoshi Kurosawa la pousse dans ses derniers retranchements. Pas de vaisseaux spatiaux, d’E. T. tentaculaires, de guerre intergalactique dans "Invasion". Mais des rapports humains qui changent de mains, de celles de l'homme à celles des extraterrestres. Dans "Invasion", se retrouver face à des étrangers ("alien" en anglais) alors que l’on à affaires à ses proches, transmet le sentiment de solitude et pousse à s’en extraire en sauvant le monde.
Kaho, Masahiro Higashideet  Shôta Sometani dans "Invasion" de Kiyoshi Kurosawa

Kaho, Masahiro Higashideet  Shôta Sometani dans "Invasion" de Kiyoshi Kurosawa

© Art House
Etsuko est la seule à ne pas être sous influence et à se rendre compte du drame qui se joue. Elle est en cela solitaire, mais aussi par son pouvoir et son obsession à sauver le monde, une super-héroïne. C’est toute la démarche de Kiyoshi Kurosawa d’allier culture pop et une psychologie qui ouvre sur la philosophie. Comme à son habitude, il prend son temps (2h20), mais c’est toujours mieux qu’une série de 6h00 qui démarre l’intrigue au bout de deux heures. Lui met les pieds dans le plat dès la première scène : la célérité en prenant son temps. Laissez-vous envahir. Fantastique.
"Invasion" : l'affiche

"Invasion" : l'affiche

© Art House

LA FICHE

Genre : Science-fiction
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Pays : Japon 
Avec :  Kaho, Shôta Sometani, Masahiro Higashide 
Durée : 2h20
Sortie : 5 septembre 2018

Synopsis : Pourquoi tout le monde change-t-il soudainement de comportement ? Etsuko est-elle la seule à se rendre compte que son amie, son patron, son mari ne sont plus tout à fait les mêmes ? Peu à peu, elle réalise que les humains sont en train de perdre leurs idées et leurs émotions...