"Ils sont partout" : Yvan Attal rame pour faire rire de l'antisémitisme

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 30/05/2016 à 14H32
Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton dans "Ils sont partout" d'Yvan Attal

Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton dans "Ils sont partout" d'Yvan Attal

© La Petite Reine - David Koskas

Réalisateur, acteur et co-scénariste de "Ils sont partout", Yvan Attal part en chasse contre les clichés antisémites. C’est le troisième film en trois semaines à voir ce sujet projeté en salle, après "Tout, tout de suite" de Richard Berry et "L’Origine de la violence" d’Elie Chouraqui. Aux drames de ces deux films, Attal préfère l'humour.

La note Culturebox

2
2/5

Film à sketchs

"Tout, tout de suite" s’inspirait de l’affaire Halimi et pointait le préjugé concernant la richesse et la solidarité communautaire des Juifs, "L’Origine de la violence" vise le passif culpabilisant de la Shoah. "Ils sont partout" laisse de côté le lourd passé évoqué par Chouraqui mais traite bien du sujet pécuniaire et solidaire qui a poussé le gang des barbares à martyriser Ilan Halimi. Yvan Attal préfère l’arme du rire pour fustiger l'antisémitisme par autant de sketches que de clichés dénoncés : la prépondérance des juifs chez les puissants, leur richesse, leur responsabilité dans la mort du Christ, leur communautarisme, leur martyrisation…
"Ils sont partout" : la bande annonce

Le film à sketches est un pari risqué car conditionné par l’habilité d’un fil conducteur et une inégalité potentielle entre les différents récits. Le fil rouge est tenu par Yvan Attal qui confie à son psychanalyste son obsession des antisémites croisés chaque jour. Leur discours est alors décliné en un chapelet d’historiettes, d’où émergent les deux premiers. Il bénéficie pour ce faire d’un casting de classe : Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton, Dany Boon et Charlotte Gainsbourg, Denis Podalydès et Gréogry Gadebois, Gilles Lellouche, François Damiens… Mais cela ne suffit pas.

Déséquilibre

Si les intentions sont bonnes et la prestation de certains acteurs au diapason, "Ils sont partout" ne tient pas la distance sur ses presque deux heures. Poelvoorde est excellent, mais Bonneton peu crédible en leader d’extrême droite, dans le premier sketch ; Gainsbourg fait une prestation mémorable, mais Boon ressort son jeu de chien battu, dans le deuxième ; Denis Podalydès et Gréogry Gadebois sont soûlant en talmudistes discordants, quant à Gilles Lellouche, il se fourvoie en pseudo Christ dans un scénario affligeant.

Charlotte Gainsbourg et Dany Boon dans "Ils sont partout" d'Yvan Attal

Charlotte Gainsbourg et Dany Boon dans "Ils sont partout" d'Yvan Attal

© La Petite Reine - David Koskas

Yvan Attal en est à son sixième long métrage, mais s’enlise au fil des sketchs par un rythme pataud, antinomique à toute comédie. Un genre qui domine pourtant sa filmographie. Une langueur absente de la bande annonce du film, hyper-rythmée, sur une musique ad hoc : hilarante. Comme si la substantifique moelle du propos y était condensée en deux minutes. Qui trop embrasse mal étreint. 

https://videos.francetv.fr/video/NI_725213@Culture

La fiche film
Comédie d'Yvan attal (France), avec :  Yvan Attal, Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Danny Boon, Charlotte Gainsbourg, Grégory Gadebois, Denis Podalydès, Gilles Lellouche, François Damiens
Synopsis : Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces