"Hipotesis" : enquête sur un suspect au-dessus de tout soupçon

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 10/02/2014 à 16H36
Ricardo Arin dan "Hipotesis" de Herman Goldfrid

Ricardo Arin dan "Hipotesis" de Herman Goldfrid

© Eurozoom

Rares sont les films argentins qui parviennent jusqu’à nous. C’est encore plus exceptionnel s’agissant de films de genre, en l’occurrence, avec « Hipotesis », d’un polar. Assez bien ficelé, son intrigue, adaptée d’un roman de Diego Paszkowski, n’est pas sans rappeler le sublime « Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon » (1970) d’Elio Petri.

De Hernán Goldfrid (Argentine/Espagne), avec : Ricardo Darín, Alberto Ammann, Calu Rivero - 1h46 - Sortie : 12 février 2014

Synopsis : Roberto Bermudez, spécialiste du droit pénal, est convaincu que l'un de ses meilleurs élèves est l'auteur d'un meurtre brutal qui a eu lieu à la Faculté de droit. Déterminé à découvrir la vérité sur ce crime, il se lance dans une enquête qui va peu à peu devenir une obsession.
"Hipotesis" : la bande-annonce
Triangle des Bermudes
Projeté au Festival du film policier de Baune, « Hipotesis » est le deuxième film du jeune réalisateur Herman Godfrid qui, avec ce deuxième essai, s’avère prometteur. Il a à son côté Ricardo Darin, dans le première rôle, le plus grand acteur argentin, tout en subtilité, dans un rôle trouble de professeur de droit, convaincu de la culpabilité d’un de ses étudiants dans un meurtre sordide. Aussi, n'est-ce pas tant l'enquête policière qui intéresse le cinéaste que son personnage.

Herman Godfrid construit son film en flash-back, ce qui permet d’instaurer un mystère dès son ouverture, et de relancer son intrigue une fois arrivé à ses trois-quarts. Thriller psychologique, "Hipotesis" privilégie le caractère très défini de son personnage principal, éminent universitaire, auteur de plusieurs livres faisant référence en droit, consultant de la police, mais aussi célibataire instable et alcoolique patenté. Personnage attachant au puissant charisme, Roberto Bermudez, n’inspire pas moins une certaine fragilité pétrie de solitude. Un personnage complexe, instinctif, obsessionnel, quelque peu en rupture avec son environnement, ce que semble confirmer son patronyme "Bermudez" qui renvoie au triangle des Bermudes, lieu de perdition de nombre de navires et aéronefs. Belle métaphore.
Alberto Ammann dans "Hipotesis" de Herman Goldfrid

Alberto Ammann dans "Hipotesis" de Herman Goldfrid

© Eurozoom
L’hypothèse en équation
Roberto Bermudez mène son enquête en solo et ne convainc guère les inspecteurs. Il étaie sa sensibilité instinctive d'arguments, alors que son instinct lui a déjà joué des tours par le passé. Ses indices sont parlants, mais fragiles et orientés. Il n’en reste pas moins convaincant et se retrouve dans la posture hitchcockienne d’un "homme qui en saurait trop". Son suspect (suave et inquiétant Alberto Ammann) n’inspire guère la sympathie. Imbu de lui-même, louvoyant, calculateur, l’hypothèse de Bermudez à son égard est troublante, surtout de la part d’un expert en criminologie.

Tendant des perches, pour mieux les reprendre, passant de charybde en scylla, Herman Godfrid manipule avec jouissance le spectateur pour qu’il se fasse sa propre opinion. La fin, sans la dévoiler, est en phase avec le titre « Hipotesis ». Le film se révèle comme le décorticage du processus d’élaboration d’une thèse contre une autre, avec en arrière plan la persistance de "l’ombre d’un doute", quand on les confronte. Beau succès en Argentine, où il est resté trois semaines en tête du box-office, battant tous les records de fréquentations, "Hipotesis" ne démérite pas, en sortant le polar des sentiers battus.