"High Life" : Robert Pattison et Juliette Binoche dans un film de S-F exigeant

Mis à jour le 12/11/2018 à 10H23, publié le 07/11/2018 à 19H21
Robert Pattison dans "High Life" de Claire Denis

Robert Pattison dans "High Life" de Claire Denis

© Wild Bunch

L’on n’attendait pas Claire Denis ("Un beau soleil intérieur") réalisatrice d’un film de science-fiction, avec Robert Pattison et Juliette Binoche. Une affiche digne d’un blockbuster. "High Life", coproduction européenne, en est très éloignée, même si son acteur principal est américain et son actrice, internationale. Ambitieux, exigeant, "High Life" joue la carte d’une science-fiction adulte.

La note Culturebox

3
3/5

Détourner les codes

Si elle a déjà tâté du fantastique ("Trouble Every Days"), Claire Denis l’abordait avec une approche anticonformiste. La cinéaste est par ailleurs plus identifiée au "cinéma d’auteur" à la française qu’au cinéma de genre. Il y a chez elle comme une adhésion aux codes pour mieux les détourner. Ce que l’on retrouve dans "High Life", qui relève du space opera (film de l’espace), la sous-catégorie fondatrice de la science-fiction, tout en traitant de sujets sans rapport avec une aventure spatiale.
"High Life" : la bande annonce
Un groupe de condamnés à mort reconvertis en astronautes lancés vers un trou noir, voit sa mission détournée par une scientifique (Juliette Binoche) obsédée par la procréation. Alors que l’humanité est menacée de stérilité, elle trouve en Monte (Robert Pattison) le cobaye idéal, mais celui-ci ne va pas réagir selon ses attentes.

Fluides vitaux

Si Claire Denis choisit comme terrain de jeu l’espace, elle lorgne plus du côté de "Solaris" (Andrei Tarkovski, 1972), que de "Star Wars" ou "Alien". Tout comme "Solaris", qui traitait du trauma d’un scientifique en deuil de son épouse dans une station orbitale, "High Life" voit un astronaute nihiliste forcé de procréer. Dans les deux films : un même détournement des codes de l’aventure spatiale au service d’une thématique existentielle, autour de la vie et la mort avec en son cœur, le sexe.
Juliette Binoche dans "High Life" de Claire Denis

Juliette Binoche dans "High Life" de Claire Denis

© Wild Bunch
De sexualité, il est beaucoup question dans "High Life". Dans la représentation des fluides vitaux que sont le sang et le sperme, tout comme dans la quasi nymphomanie de Dibs (Juliette Binoche), ou la tentative de viol par un membre de la mission. Claire Denis joue du space opera pour donner une dimension métaphysique à son propos, où le choix d’un homme entre la vie et la mort rejaillit sur l’humanité entière. Son esthétique se moque des codes, en faisant du vaisseau spatial une boîte en carton géante, ses décors ignorent la technologie coutumière du genre, et elle fait appel à des effets spéciaux rudimentaires pleins de charme.

L’usage de l’ellipse et un rythme lent accompagné d'une bande son monocorde, peuvent rebuter. Mais cela serait passer à côté d’un beau sujet, traité avec originalité, au carrefour du cinéma de genre et d’auteur. Une aventure philosophique, ce vers quoi tend depuis toujours le meilleur de la science-fiction.
"High Life" : l'affiche

"High Life" : l'affiche

© Wild Bunch

LA FICHE

Genre : Science-Fiction
Réalisateur : Claire Denis
Pays : France / Allemagne / Grande-Bretagne / Pologne
Acteurs :  Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin, Mia Goth, Agatha Buzek, Lars Eidinger, Claire Tran
Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
Durée : 1h51
Sortie : 7 novembre 2018

Synopsis : Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de commuer leur peine et de devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire. Une mission hors normes…