"Frères ennemis" : polar fratricide entre Reda Kateb et Matthias Schoenaerts

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 02/10/2018 à 18H44
 Reda Kateb et Matthias Schoenaerts dans "Frères ennemis de David Oelhoffen

 Reda Kateb et Matthias Schoenaerts dans "Frères ennemis de David Oelhoffen

© Bac Films

Le réalisateur David Oelhoffen s’est fait remarquer dès son premier long métrage, "Nos retrouvailles", suivi de "Loin des hommes", où il dirigeait déjà Reda Kateb au côté de Viggo Mortensen. Il confirme son talent avec "Frères ennemis", un polar qui ne manque pas de personnalité, où il retrouve Kateb associé à l’excellent Matthias Schoenaerts ("Bullhead", "De rouille et d'os").

La note Culturebox

4
4/5

Classique mais pas trop

"Frères ennemis" se situe dans la tradition des polars de banlieue initiés entre autres par "Le Choix des armes" (1981) d’Alain Corneau. Autre lien avec le réalisateur, "Le Cousin" (1997) où Corneau explorait les liens parfois ténus entre la police et la pègre pour recruter des indicateurs. Les deux facettes se retrouvent dans "Frères ennemis", où Manuel (Matthias Schoenaerts) et Driss (Reda Kateb), anciens amis d’enfance dans leur cité d’origine, se retrouvent face à face, le premier comme trafiquant de drogue, le second, comme inspecteur.
"Frères ennemis" : la bande annonce
Sur ce schéma classique, David Oelhoffen cosigne un scénario plein de rebondissements et réalise avec énergie un film qui tient en haleine de bout en bout. Les deux acteurs n’y sont pas pour rien, campant des rôles aux fortes personnalités doublées de charisme. De ce point de vue, "Frères ennemis" fonctionne plutôt à la testostérone.

Action psychologique

Toutefois les rapports de Manuel avec Mouna, son "ex", chez qui il trouve plus d’une fois refuge, démontre aussi sa dépendance envers une femme, au-delà de la simple protection qu’il en tire. La solitude de Driss, sa mise à l’écart par ses collègues et sa hiérarchie, le fragilise par ailleurs. Dans ce sens "Frères ennemis" évite de tomber dans les schémas attendus du polar, en affinant une psychologie dont la teneur s’inscrit plus dans l’action que dans des dialogues explicatifs.
Matthias Schoenaerts et Sabrina Ouazani dans "Frères ennemis" de David Oelhoffen

Matthias Schoenaerts et Sabrina Ouazani dans "Frères ennemis" de David Oelhoffen

© Bac Films
Le mouvement tient alors une place primordiale, la caméra est nerveuse, et le rythme enlevé pour traduire un scénario exigeant, bien au-delà d’une confrontation familière. Grand producteur de films policiers depuis les années 30 jusque dans les années 70, le cinéma français peine à renouer avec un genre pour lequel il a œuvré avec talent et succès. Olivier Marshall ("36", "Carbonne"), Jean-François Richet ("Mestrine") ou Michaël R. Roskam ("Bullhead", "Le Fidèle") lui redonnent des lettres de noblesse, tout comme David Oelhoffen avec ces "Frères ennemis" des plus amicaux.
"Frères ennemis" : l'affiche

"Frères ennemis" : l'affiche

© Bac Films

LA FICHE

Genre : Policier
Réalisateur : David Oelhoffen
Pays : Belgique /  France
Avec :  Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani, Adel Bencherif, Nicolas Giraud, Sofiane Zermani, Gwendolyn Gourvenec, Marc Barbé 
Durée : 1h51
Sortie : 3 octobre 2018

Synopsis : Manuel et Driss ont grandi comme deux frères inséparables dans la même cité. Mais aujourd’hui tout les oppose. Manuel est à la tête d’un trafic de drogue, alors que Driss est devenu flic. Quand celui-ci est promu aux Stups, son retour bouleverse les équilibres et met Manuel en danger.