"Effets secondaires" : Steven Soderbergh contamine Jude Law

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 03/04/2013 à 11H09, publié le 03/04/2013 à 11H06
Catherine Zeta-Jones et Jude Law, dans "Effets secondaires" de Steven Soderbergh

Catherine Zeta-Jones et Jude Law, dans "Effets secondaires" de Steven Soderbergh

© ARP Sélection

Avec deux à trois films tournés par ans, dont certains ne sont pas encore sortis, Steven Soderbergh est, à 53 ans, le cinéaste le plus prolifique du moment. Passant du film d’auteur au film de genre, "Effets secondaires" est un thriller psychologique, Soderbergh annonçant qu’il sera son avant-dernier film, même si son prochain opus, « Behind the Candelabra », devrait être à Cannes.

De Steven Soderbergh (Etats-Unis), avec : Rooney Mara, Jude Law, Catherine Zeta-Jones, Channing Tatum - 1h46 - Sortie : 3 avril

Synopsis : Jon Banks est un psychiatre ambitieux. Quand une jeune femme, Emilie, le consulte pour dépression, il lui prescrit un nouveau médicament. Lorsque la police trouve Emilie couverte de sang, un couteau à la main, le cadavre de son mari à ses pieds, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé, la réputation du docteur Banks est compromise…
"Effets secondaires" : la bande-annonce
Références
Le réalisateur, Palme d’or en 1989 avec « Sexe, mensonges et vidéo » à 26 ans, a donc choisi le cinéma de genre pour clôturer sa carrière, après une comédie (« Magic Mike ») et un film de prospective fiction (« Contagion »), le prochain étant un biopic sur le pianiste de music-hall Douglas Eye Librace, mort du sida en 1987. Eclectique et inégal dans les 27 films de ses 24 ans de carrière, Soderbergh signe avec « Effets secondaires » un thriller des plus malins, manipulateur comme un Hitchcock, sur un sujet très contemporain : la consommation pléthorique de médicaments dans les sociétés occidentales.

Hitchcockien, « Effets secondaires » l’est pour son approche du domaine psychiatrique que l’auteur de « Psychose » a souvent traité, pour le combat solitaire d’un homme - en l’occurrence psychiatre (Jude Law) – pour faire preuve de son innocence, pour le suspense inhérent à ses démêlés, avec force coups de théâtre. L’on pourrait citer également la blonde très hitchcockienne Vinessa Shaw. D’autres références subsistent : le duo formé par la blonde Rooney Mara et la brune noire corbeau Catherine Zeta Jones, qui renvoient à David Lynch, alors que la thématique médicale meurtrière évoque David Cronenberg. Soderbergh lance donc des signes en direction de maîtres du genre.
Rooney Mara dans "Effets secondaires" de Steven Soderbergh

Rooney Mara dans "Effets secondaires" de Steven Soderbergh

© ARP Sélection
Cuisine
Soderbergh s’appuie sur son scénariste de « Contagion » et de « The Informant », Scott Z. Burns, également signataire du script de « La vengeance dans la peau », le troisième « Jason Bourne », dernier opus de la franchise originelle avec Matt Damon. Un scénariste rompu au genre, ce que confirme « Effets secondaire », mijoté aux petits oignons. Histoire de manipulation, Steven Soderbergh se plait à manipuler, lançant fausses pistes sur fausses pistes pour mieux cueillir le spectateur.

https://videos.francetv.fr/video/NI_144911@Culture

La réalisation est dans la continuité de ce regard distancié, un peu froid, dont sait fort bien jouer Soderbergh, confirmant sa parenté avec les op cités Hitchcock, Lynch et Cronenberg, du moins pour ce film. Il n’en n’est pas moins résolument ludique, mais aussi dénonciateur des excès de la pharmacologie, des lobbies attenants et des excès de la publicité, comme de la foi que portent les citoyens dans la communication de santé. Avec « Effets secondaires », Soderbergh n’aspire pas au chef-d’œuvre ou au film à thèse, mais à un film à la mécanique bien huilée, servi par des comédiens au diapason, eux-mêmes contaminés par l’enthousiasme du cinéaste à jouer avec le désir de manipulation du spectateur.