"Dheepan" de Jacques Audiard : une Palme d'or 2015 dans l'actualité

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 26/08/2015 à 09H46, publié le 22/08/2015 à 10H18
Antonythasan Jesuthasan dans "Dheepan" de Jacques Audiard

Antonythasan Jesuthasan dans "Dheepan" de Jacques Audiard

© Paul Arnaud - Why Not Productions

Si "Dheepan", le nouveau film très attendu de Jacques Audiard qui sort aujourd'hui sur les écrans, a remporté la Palme d'or à Cannes , il n'a pas suscité l'enthousiasme. Un beau film, très en phase avec l'actualité des flux de migrants débarquant en Europe, "Dheepan" n'est aucunement militant, mais fait un constat sur les banlieues pas très reluisant, avec une fin un peu à l'emporte-pièce…

La note Culturebox
3 / 5                  ★★★☆☆

Guerrier

Dans un des premiers plans de "Dheepan", l'on voit des migrants au départ du Sri Lanka montant dans un bateau. On ne peut s'empêcher de penser à ces milliers de personnes perdues en Méditerranée depuis des mois. Le personnage de Dheepan et ceux qui montent à bord avec lui, pourraient en être. Arrivé en France, cet ancien soldat tamoul, marqué par la guerre, s'acoquine avec une jeune femme et une petite fille, pour faire figure de famille et faciliter l'obtention de papiers résidentiels.

"Dheepan" : extrait

Lui, trouve un travail de gardien dans une cité de la banlieue parisienne, avec l'aide de son épouse virtuelle, et la petite fille trouve sa place à l'école. Tout cela passe très vite, ce qui semble tout de même un peu idyllique. La principale barrière est celle de la langue, bien maigre par rapport aux autres facteurs. La suite sera un peu plus rude. Avec la confrontation de Dheepan face aux gangs rivaux de la cité où il travaille. Son passé de soldat en fait un guerrier implacable auquel aucun des locaux ne s'attend. On le verra à la fin…

https://videos.francetv.fr/video/NI_111297@Culture

Une dernière scène problématique

"Dheepan" réussit son pari dans le portrait de cette fausse famille qui parvient à tenir dans l'adversité. Le rôle-titre n'est d'ailleurs pas du tout emblématique du film, ils sont tous les trois à égalité, sauf à la fin ou Dheepan prend le dessus. Les acteurs, tous inconnus, non professionnels, sont très justes. Toutefois, l'interprète du rôle-titre, Antonythasan Jesuthasan, est très connu dans son pays d'origine, mais comme écrivain. Il a également joué dans un premier film en 2011, "Sengadad". La mise en scène de Jacques Audiard reste, elle, très en retrait, mais colle à son personnage qui retrouve dans un pays en paix la guerre.


https://videos.francetv.fr/video/NI_486801@Culture


Sans être ostentatoire, son filmage de la violence est brutal et percutant. Par contre la dernière scène du film, que l'on ne révélera pas, pose problème. Car si on la prend au premier degré, elle reflète une vision quelque peu simpliste de l'intégration. Faut-il y voir une scène onirique qui l'idéalise ? Peut-être. Mais rien ne l'indique. Ce qui nuit au film. Demeure la Palme d'or revenue à Jacques Audiard, même si ce n'est pas son meilleur film. Mais n'est-ce pas souvent le cas à Cannes ?

Dheepan
De Jacques Audiard (France), avec : Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby - 1h49 - Sortie: 26 août 2015

Synopsis : Dheepan est un combattant de l'indépendance tamoule, un Tigre. La guerre civile touche à sa fin au Sri Lanka, la défaite est proche, Dheepan décide de fuir. Il emmène avec lui une femme et une petite fille qu'il ne connaît pas, espérant ainsi obtenir plus facilement l'asile politique en Europe. Arrivée à Paris, cette "famille" vivote d'un foyer d'accueil à l'autre, jusqu'à ce que Dheepan obtienne un emploi de gardien d'immeuble en banlieue. Dheepan espère y bâtir une nouvelle vie et construire un véritable foyer pour sa fausse femme et sa fausse fille. Bientôt cependant, la violence quotidienne de la cité fait resurgir les blessures encore ouvertes de la guerre.