"Des Abeilles et des Hommes" : planète miel en péril

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 20/02/2013 à 17H17, publié le 20/02/2013 à 16H11
"Des abeilles et des hommes" de Markus Imhoof

"Des abeilles et des hommes" de Markus Imhoof

© Jour2fête

La formule d’Einstein est bien connue : « Si l’abeille disparaissait du globe, l’homme n’aurait plus que quatre ans à vivre". Le documentariste suisse Markus Imhoof explore le mystère autour de la raréfaction des abeilles à travers le monde, avec comme pierre d’angle le rôle de l’homme dans ce processus : édifiant.

De Markus Imhoof (Autriche/Allemagne/Swaziland), avec la voix de Charles Berling - 1h28 - Sortie : 20 septembre

Synopsis
Entre 50 et 90% des abeilles ont disparu depuis quinze ans. Cette épidémie, d’une violence et d’une ampleur phénoménale, est en train de se propager de ruche en ruche sur toute la planète. Partout, le même scénario : par milliards, les abeilles quittent leurs ruches pour ne plus y revenir. Aucun cadavre à proximité. Aucun prédateur visible.
Arrivée sur Terre 60 millions d’années avant l’homme, l’Apis mellifera (l’abeille à miel) est aussi indispensable à notre économie qu’à notre survie.
"Des Abeilles et des Hommes" : la bande-annonce
Terrible paradoxe
De ruches artisanales des Alpes suisses, à l’industrialisation de l’apiculture en Californie en passant par la polonisation artificielle en Chine, « Des abeilles et des hommes » tire la sonnette d’alarme. Avec la mondialisation et l’accélération des rythmes commerciaux, le millénaire élevage des abeilles est malade de son succès. A Markus Imhoof de relever ce « terrible paradoxe qui consiste à travailler au rythme de la nature et contre elle. »

Car dans ce processus, comme dans toute problématique environnementale, le diagnostic ne relève pas d’un seul facteur. D’abord faut-il comprendre le fonctionnement des abeilles. Non pas individuellement, mais dans l’esprit collectif de la ruche qui constitue en soit un « super organisme ». Chaque abeille, individualisée ne peut vivre seule. Leur raréfaction individuelle, à grande échelle, met donc d’autant plus en péril la colonie, et prend donc plus d’ampleur. 
Fred Jaggi, apiculteur des alpages, dans "Des abeilles et des hommes" de Markus Imhoof

Fred Jaggi, apiculteur des alpages, dans "Des abeilles et des hommes" de Markus Imhoof

© Jour2fête

Une décimation à plusieurs visages
Mais d’où vient cette disparition ? Elle émane de facteurs différents selon les types d’exploitation. La raréfaction des individus peut provenir dans un élevage artisanal d’une race particulière, de la contamination par une autre race. Le phénomène sera différent dans une exploitation industrielle aux Etats-Unis, où une fois la polonisation effectuée en Californie, les petites ouvrières sont transportées par camions vers l’Est afin de poloniser d’autres arbres. Pour des milliers d’entre-elles, le voyage sera fatal.

D’autres facteurs interviennent, selon les types d’élevages et d’environnements, mais sont toujours responsables l’économie et l'humain. Markus Imhoof ne s’attarde pas tant sur les pesticide généralement évoqués, même s’il ne les ignore pas. Positif, il préfère, par exemple, valoriser des démarches aboutissant à la génération de super-reines par une petite exploitation qui distribue à travers le monde ces super-reproductrices.

La démonstration est plus subtile que les clichés réducteurs généralement mis en avant, avec une mise en images étonnante et remarquable, jamais vue à l’écran. Tels ces vols filmés en travelling au-dessus des champs fleuris, les très gros plans à l’intérieur les ruches, ou sur les insectes, pour nous dévoiler l’intimité des abeilles, ouvrières d’un équilibre environnementale sans équivalent et vital pour l’humanité.