"Dalida" : la chanteuse renaît dans un biopic flamboyant

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 09/01/2017 à 10H45, publié le 09/01/2017 à 10H32
Sveva Alviti dans "Dalida" de Lisa Azuelos

Sveva Alviti dans "Dalida" de Lisa Azuelos

© Luc Roux

Après de beaux succès dans le registre de la comédie, Liza Azuelos ("Lol", "Comme t’y es belle") s’attaque avec "Dalida" non seulement au biopic d’une icône de la chanson française, mais aussi, et surtout, à un destin tragique. Suicidée le 3 mai 1987, trois hommes qui l’on aimée ont connu le même sort. Dalida, une veuve noire ? Non. Une femme passionnée, que Liza Azuelos évoque passionnément.

La note Culturebox

4
4/5

Rencontres

Si les biopics abondent, le genre est délicat en s’offrant à toutes les critiques ; de la part des fans, des professionnels du cinéma, et des proches des musiciens, chanteurs, ou écrivains évoqués. La plupart du temps, le public est au rendez-vous. Gageons que "Dalida" va l’emporter sur tous les tableaux, tant le film de Liza Azuelos, remarquable en tous points, suscite les éloges.

"Dalida", c’est d’abord la rencontre entre une cinéaste et son sujet, puis celle d’une metteuse en scène avec son interprète principale dans le rôle-titre, Sveva Alviti, dont c’est la première apparition à l’écran. Si la ressemblance est troublante entre l’actrice et son modèle, son talent ne s’arrête pas là. Car il faut en avoir pour interpréter avec autant de maîtrise et d’audace Iolanda Cristina Gigliotti, devenue Dalida, pseudonyme qu’elle a choisi, après Dalila, pour ne pas être identifiée au personnage biblique. Forte personnalité, elle ne s’est jamais laissée mener par le bout du nez, se battant pour conduire sa carrière comme elle l’entendait, imposant des titres tels qu’"Il venait d’avoir 18 ans", "Je suis Malade", ou en devenant une icône du disco et de la communauté gay.

Un portrait signé Valérie Gaget

https://videos.francetv.fr/video/NI_892565@Culture

Laminée par la vie

Forte, Dalida l'est à force d’être malmenée par la vie. Par son père, perdu très jeune ; à l’école, où elle est bouc-émissaire, dans ses amours, où elle ira de déception en déception, ou à l’encontre des codes, dans son amour pour Lucio, 18 ans, alors qu’elle en a 32. Son avortement clandestin suite à leur liaison, la rendra stérile, le suicide de trois de ses amants et de son ami, très proche, le chanteur Mike Brandt, s’acharnent contre elle. Si ce n’était vrai, l’on accuserait le scénariste d’avoir chargé la barque. Il ne manquerait plus qu’elle soit paralysée et atteinte d’une maladie orpheline fatale. Comment face à tant de malheurs répétés, Dalida garda la tête haute, en menant une carrière internationale aux 120 millions de disques vendus, identifiée aux paillettes du music-hall et aux années disco ? Identifiée à l’amour, à la joie ?

Vincent Perez, Sveva Alviti, jean-paul Rouve et Patrick Timsit dans "Dalida" de Lisa Azuelos

Vincent Perez, Sveva Alviti, jean-paul Rouve et Patrick Timsit dans "Dalida" de Lisa Azuelos

© Luc Roux

Il y a un mystère Dalida. Liza Azuelos met à plat le dossier avec une très grande classe, n’hésitant pas à visualiser l’artiste de son coufin, à son lit de mort, en passant en revue toutes les étapes de sa vie et ceux qui ont compté pour elle. Jean Paul Rouve est un parfait Lucien Morisse, son pygmalion, directeur des programmes de la toute jeune radio Europe 1, dont elle deviendra l’épouse ; tout comme Vincent Perez en Eddie Barclay, Patrick Timsit en Bruno Coquatrix, Orlando, son frère impresario, qu’interprète Riccardo Scamarcio, tous très crédibles, ou Nicolas Duvauchelle en Richard Chanfray (conte de Saint-Germain). Manque toutefois Mike Brandt et François Mitterrand qui comptèrent aussi.

Liza Azuelos a l’élégance de ne pas mettre bout à bout les étapes d’une vie, faisant fi de la chronologie au profit de l’enchevêtrement des époques, magnifiquement évoquées, dans une ordonnance signifiante. Cinquante-quatre ans d’une vie incroyable, brûlée au feu de la passion pour l’amour, l’art et le public. L’artiste se confond avec sa vie privée au dépend d’elle-même, comme sacrifiée. Beau comme une tragédie.

"Dalida" : l'affiche

"Dalida" : l'affiche

© Pathé Distribution

LA FICHE

Biopic de Lisa Azuelos (France), Avec :  Sveva Alviti, Riccardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve, Nicolas Duvauchelle, Alessandro Borghi, Vincent Perez, Valentina Carli, Brenno Placido, Niels Schneider - Durée : 2h04 - Sortie : 11 janvier 2017

Synopsis : De sa naissance au Caire en 1933 à son premier Olympia en 1956, de son mariage avec Lucien Morisse, patron de la jeune radio Europe n°1, aux soirées disco, de ses voyages initiatiques en Inde au succès mondial de Gigi l’Amoroso en 1974, le film "Dalida" est le portrait intime d’une femme absolue, complexe et solaire... Une femme moderne à une époque qui l’était moins ... Malgré son suicide en 1987, Dalida continue de rayonner de sa présence éternelle.