"Dakini" : un rare polar bhoutanais, spiritualiste et envoûtant

Publié le 23/10/2018 à 19H06
Jamyang Jamtsho Wangchuk et Sonam Tashi Choden dans "Dakini" de Dechen Rocher

Jamyang Jamtsho Wangchuk et Sonam Tashi Choden dans "Dakini" de Dechen Rocher

© Jupiter Films

Très parcellaire dans sa production, le cinéma bhoutanais l’est encore plus à l'international. "Dakini" de la réalisatrice Dechen Roder, projeté à Berlin, est un des rares films en provenance du Bhoutan à parvenir en France. Il étonne par sa belle maîtrise technique, sur un sujet teinté de polar et de culture locale. Original et fascinant.

La note Culturebox

4
4/5

Une douceur extrême

Inspecteur de police, Kinley enquête sur la mort supposée d’une prêtresse bouddhiste, dont le corps a disparu. Par stratagème il s’allie à Chodem, une séduisante jeune femme suspectée du meurtre. Réputée sorcière, elle va le guider dans le monde spirituel, univers dans lequel Kinley pense trouver la clé de l’énigme. Mais elle est tout autre…
"Dakini" : la bande annonce
Dechen Roder, à l’écriture et la réalisation, signe un beau script, très construit, fidèle aux codes du polar : meurtre, flic solitaire, femme fatale… C’est le contexte dans lequel elle les plonge qui donne toutes les valeurs d’un film aux prolongements thématiques inattendus et aux images somptueuses. Paradoxalement, pas une once de violence n'habite ce film d’une douceur extrême dans les rapports entre les personnages qui se fascinent mutuellement.

Spiritualité et corruption

Rarement filmé, le Bhoutan offre des images d’une nature luxuriante. La réalisatrice ne tombe toutefois pas dans les travers de la carte postale. Si la jungle que traversent Kinley et Chodem est labyrinthique, un même dédale se retrouve dans la grande ville, cadre de la seconde partie du film. Ce parallèle participe d’un sens, où les forces occultes, spirituelles, de la nature, trouvent leur équivalent dans le monde matériel gouverné par l’argent et le pouvoir. Deux univers opposés qui luttent désormais l’un contre l’autre.
Sonam Tashi Choden et Jamyang Jamtsho Wangchuk dans "Dakini" de Dechen Rocher

Sonam Tashi Choden et Jamyang Jamtsho Wangchuk dans "Dakini" de Dechen Rocher

© Jupiter Films
Un charme puissant émane de "Dakini" (nom bhoutanais donné aux femmes initiées). En restant respectueuse de la culture bhoutanaise, tout en se raccordant à une forme occidentale de récit, Dechen Roder donne une lecture des enjeux en cours au Bhoutan, en phase de mondialisation. Avec au premier chef une dénonciation de la corruption, mal qui gangrène tous les pays, les Etats, les nations, enracinés dans le libéralisme économique, ou qui y aspirent. Le sujet est récurrent au cinéma. "Dakini" lui donne une couleur toute particulière par le cadre spirituel dans lequel il s’inscrit. Il évite tout manichéisme primaire, au profit d’une délicatesse et d’une beauté envoûtantes.
"Dakini" : l'affiche

"Dakini" : l'affiche

© Jupiter Films

LA FICHE

Genre : Thriller / Aventure
Réalisateur : Dechen Roder 
Pays : Bhoutan
Acteurs :  Jamyang Jamtsho Wangchuk, Sonam Tashi Choden, Chencho Dorji
Durée : 1h58
Sortie : 24 octobre 2018

Synopsis : Le détective Kinley enquête sur la disparition d'une nonne bouddhiste. Il forme une alliance houleuse avec la principale suspecte, Choden, une femme séduisante considérée par les villageois comme une “démone". Au fil des histoires que lui raconte Choden sur les Dakinis passées (des femmes éveillées, bouddhistes de pouvoir et de sagesse), Kinley croit entrevoir la résolution de l'enquête. Il devra cependant succomber aux charmes de Choden et à ses croyances surnaturelles.